Psychose d’Hitchcock, une reprise insolite jouée aux couteaux et piano

Chaîne Youtube/ Joachim Horsley

Joachim Horsley s’illustre par sa volonté de créer de nouvelles sonorités à travers ses compositions. Avec près de 300 000 vues sur Youtube, il propose une interprétation plutôt déroutante de la bande originale de l’un des plus grands films d’horreur du cinéma.

« All of me » de John Legend : Horsley avait déjà contribué à l’orchestration et à l’arrangement

Joachim Horsley est un auteur compositeur et multi-instrumentiste américain. Il se fait connaître sur les réseaux sociaux en mêlant des morceaux incontournables de la musique classique avec des sonorités afro-cubaines. Si nos confrères de Télérama lui avaient déjà consacré un article sur son adaptation de la 7ème symphonie de Beethoven en version rumba, le pianiste a également réussi à susciter la curiosité des internautes avec sa reprise musicale du film Psychose, jouée aux couteaux.

 

Tout le monde ou presque connaît la fameuse scène de la douche du film Psychose et il est bien difficile de ne pas y associer la musique terriblement angoissante qui l’accompagne. Hitchcock avait confié la composition de la musique de son film à Bernard Herrmann. Bande originale qui devait accompagner toute l’œuvre cinématographique, exceptée la scène de meurtre que le réalisateur avait souhaité silencieuse dans le but de la rendre plus réelle. Herrmann lui, en avait décidé autrement en ayant composé au préalable, une musique spécialement dédiée à cette scène. Le budget étant serré pour le tournage du film, Herrmann n’a utilisé qu’un orchestre à cordes mais a su illustrer à la perfection toute la palette de nuance que celui-ci pouvait produire.

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Pas besoin de cuivres ou de percussions pour communiquer l’effroi de la scène de crime puisque les cordes s’en chargent d’elles-mêmes avec des sonorités extrêmement stridentes. L’effet de terreur produit n’en reste pas moins aussi impressionnant que s’il était joué par un orchestre symphonique et c’est sans doute là que réside tout le génie du compositeur. En opposition aux autres films des années 60, où les cordes sont l’archétype des films et comédies romantiques avec les envolées lyriques des violons (comme c’est le cas du fameux Moon River dans Breakfast at Tiffany’s par exemple), Herrmann, lui, compose une musique criarde, rythmée par les glissandos des violons. Cette technique utilisée pour faire entendre tous les sons compris entre deux notes, produit un effet dissonant et fait ainsi ressortir toute l’horreur de la scène qui est en train de se produire sous les yeux des spectateurs. C’est à se demander si c’est la musique qui vient sublimer l’image ou bien l’inverse tellement les deux semblent être au service de l’une et de l’autre, tout au long du film.

Un hommage au duo Hitchcock/Herrmann

Cette suite musicale est également composée d’ostinato c’est-à-dire qu’un même motif musical est répété tout au long du morceau. Ce procédé de composition provoque un sentiment de malaise voire même presque d’aliénation chez le spectateur et permet à cette pièce de devenir le thème principal du film. Il suffit d’entendre le début du morceau pour se dire « Je connais cet air, c’est la musique de Psychose ! ».

 

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Le compositeur joue également sur les alternances de mode mineur/majeur. Il s’agit en quelque sorte d’un paradoxe musical puisque la musique est à la fois terrifiante et en même temps enjouée. Pour illustrer cette « dichotomie » musicale, il utilise en fait un accord mineur avec une 7ème majeur ajoutée. C’est un accord assez peu utilisé dans les musiques de films mais qui vient faire directement référence à la schizophrénie du protagoniste Norman Bates dans l’œuvre cinématographique. Ce fameux accord a d’ailleurs été surnommé « Accord d’Hitchcock » puisque Herrmann l’a très souvent utilisé dans les films du réalisateur. Preuve que la musique aura explicitement contribué au succès du film.

 

 

Joachim Horsley avec sa reprise originale, rend un hommage au duo Hitchcock/Hermann. En effet, l’instrument de « musique » utilisé par le pianiste fait référence à l’arme du crime de la scène de Psychose. Ce couteau vient aussi frotter, à l’image d’un archet, les cordes du piano et nous rappelle étrangement les sonorités de la musique d’Herrmann. Une reprise improbable certes, mais empreinte de référence.

Ondine Guillaume

 

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