Producteur de musique tabassé à Paris : que s’est-il passé ?

Les images de la violence policière sont à la Une de vos quotidiens après que samedi dernier, Michel Z., producteur de musique a été tabassé par des policiers dans les locaux de son propre studio d’enregistrement. Il avait été interpellé pour non port du masque, pourtant imposé par les consignes sanitaires pour lutter contre la pandémie de coronavirus.

 

Libération titre La Nausée et met en Une le visage du producteur tabassé

Tabassé par des policiers titre le Républicain Lorrain. Ce que le Figaro appelle Un nouveau dérapage de la police. Libération comme l’Humanité n’appelle pas ça un dérapage et mettent à la Une le visage tuméfié de Michel Z. L’Humanité appelle à une marche pour l’Etat de droit, Libération titre sobrement La Nausée mais ne dit pas si les policiers ont les mains sales. Si bien sûr cette affaire fait la Une, c’est parce qu’il y a des images, ces fameuses images dont l’article 24 du projet de loi de Sécurité globale entend limiter la diffusion quand elle permettent d’identifier et de nuire à un policier.

 

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Mais précisément, ces images tournées par des caméras de surveillance privée et des riverains permettent surtout d’identifier la victime des violences policières. Mais ces images ne suffisent pas, et ce sont les journaux qu’il faut lire pour comprendre le calvaire de Michel Z. et ce qui est arrivé ce soir-là dans le 17e arrondissement de Paris.

 

« Ca va tellement vite que je me demande si ce sont des vrais policiers » raconte Michel Z. à Loopsider

Michel Z. raconte donc au site Loopsider qui a sorti le scoop. Les faits remontent à samedi 21 novembre. Michel Z croise une voiture de police alors qu’il n’a pas son masque. Pour éviter l’amende, le producteur décide de rentrer dans son studio. Mais trois fonctionnaires sortis de leurs voiture sont sur ses traces. En silence ils pénètrent dans son sillage à l’intérieur du local. Michel Z explique alors au site Loopsider : « J’ai senti des mains qui me poussaient ou le tiraient. Là ils me demandent de sortir. Je leur dis que je suis chez moi. Ils sont directs, assez virulents. J’ai peur. Ca va tellement vite que je me demande si ce sont des vrais policiers ». Coup de poings, coups de matraque. Frappé au visage et au corps, Michel tente de se protéger sans s’agiter d’une façon qui pourrait donner l’impression qu’il est offensif. La scène dure 5 minutes et 12 secondes. Pendant ces 5 minutes et 12 secondes, Michel rapporte avoir été traité de sale nègre à plusieurs reprises.

 

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Ses cris alertent des artistes qui enregistrent au sous-sols, les artistes parviennent à le rejoindre, les 3 policiers sortent. Michel bloque la porte du local. Les policiers le somment de sortir, il refuse, les policiers brisent la vitrine et balancent une grenade lacrymogène. Les 3 agents dégainent leurs armes, appellent des renforts, exigent que Michel sortent des locaux. Je vous rappelle qu’au départ de ce qui ressemble désormais à une opération du GIGN pour neutraliser un terroriste, il y a un homme qui marche dans la rue sans masque. Michel finit par sortir, reçoit encore des coups. La police entre à nouveau dans le local et font sortir les 9 autres personnes qui seront aussi violentées.

 

Selon le rapport des policiers, Michel Z. aurait tenté de s’emparer de leurs armes

Dans la rue, la scène est désormais filmée par des riverains. A ce moment-là, un policier hurle « caméra ! » et les violences cessent immédiatement. Michel est placé en garde à vue, les 9 autres sont relâchés après un contrôle d’identité. Libération donne la version des policiers, leur rapport n’a rien à voir avec ce qu’ont filmé les caméras. Selon le PV consulté par l’AFP, Michel aurait essayé de s’emparer de leur arme après qu’ils ont tenté de l’interpeller pour défaut de port du masque, il les aurait entraînés de force dans le bâtiment.

 

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Les suites d’une affaire encore loin d’être bouclée sont dans vos journaux ce matin mais Libération conclut son article : « que se serait-il passé si tout cela n’avait été capté par les caméras de surveillance et les portables et révélé au grand jour ? Il est probable que la presse n’en parlerait pas aujourd’hui ». Ce qui est certain, c’est que les images ne peuvent pas tout. Il faut des témoignages, des éclairages et surtout des mots pour qualifier les faits et ça c’est le rôle de la presse écrite et c’est ce rôle que vos journaux assurent aujourd’hui au-delà de l’œil des caméras. Quant au fameux article 24 du projet de loi sur la Sécurité globale, chaque bavure, chaque image de ces bavures lui promettent un avenir aussi flou que son examen prochain par le conseil constitutionnel.

 

La méthode Castaner menaçait l’exécutif de rupture avec la police, la méthode Darmanin de rupture avec la population

Dans les Echos Cécile Cornudet pointe la vidéo de trop. Derrière l’émotion et les indignation, il y a chez Gérald Darmanin le ministre de l’Intérieur l’espoir de faire enfin comprendre son message de fond. Il faut sanctionner sans état d’âme ceux qui ont sali l’uniforme de la République, mais pas incriminer les forces de l’ordre dans leur ensemble. Et puis il y a cette question : faut-il protéger les policiers ou les fliquer ? Autorité ou respect de nos valeurs ? L’un doit il l’emporter sur l’autre ? On est dans une impasse. La méthode Castaner menaçait l’exécutif de rupture avec la police, la méthode Darmanin de rupture avec la population. Qui pour trouver le juste équilibre ?

 

Réécoutez l’intégralité de la Revue de presse de David Abiker

 

Emmanuel Macron, sans aucun doute mais pour l’instant il se tait. Dans Libération Paul Quinio est plus sévère. Certes les policiers sont dans leur grande majorité irréprochables, mais le vrai laxisme consiste à laisser planer le discrédit sur toute une profession parce qu’on ne pas au sérieux deux de ses dérives : les violences et le racisme. Enfin il y a un mot ce matin que les spécialiste du langage et de la communication ministérielle vont décortiquer. Le verbe déconner. Gérald Darmanin l’a utilisé hier sur le plateau de France 2: « les policiers qui déconnent sont sanctionnés ». Pourquoi le ministre a-t-il utilisé ce mot si familier ? Pourquoi n’a-t-il pas utilisé une autre formule ? Les policiers qui sortent de leur rôle ou les policiers violents et racistes. Le verbe déconner est-il approprié pour qualifier une situation aussi grave ? Qui déconne en employant le verbe déconner pour résumer un passage à tabac dont les premiers éléments de l’enquête et les images démontrent le caractère illégal, illégitime ? Il n’y a pas que les images qui disent la réalité. Les mots d’un ministre ont un sens, surtout quand il la déforment.

David Abiker

 

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