Le vin de Bordeaux, bien armé face au coronavirus et à la hausse des taxes américaines

Le vin de Bordeaux traverse une période difficile, faisant à la fois face au coronavirus et aux taxes sur les importations décidées par Donald Trump. Mais la montée en gamme, poussée par l’essor du vin bio, pourrait sauver le Bordeaux du marasme.

 

Baisse de 20% des ventes de vin de Bordeaux en 5 ans

Comme tous les ans ou presque, les Bordelais vont vous dire que le dernier millésime s’annonce absolument incroyable et qu’il va falloir accepter de payer un peu plus cher pour des crus exceptionnels. Mais derrière le goût, il y a la vérité des chiffres, il y a les évolutions de long terme et un contexte économico-géopolitique peu porteur. Sur un plan structurel, la première inquiétude repose que la baisse de consommation de vin des Français.

 

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En 5 ans, les ventes de Bordeaux en volume ont chuté de 20%. Une diminution partiellement compensée par un effet prix, parce que les Français boivent moins mais mieux, donc un peu plus cher. Ce qui est inquiétant, c’est que les jeunes se tournent de plus en plus vers la bière ou les cocktails. Or, plus de la moitié des ventes en volume pour le Bordeaux s’effectuent en France. Les autres sujets d’inquiétudes sont plus conjoncturels. Il y a bien sûr la crise du coronavirus, qui va affecter les ventes de vin comme tout le reste de l’économie. Il y a les exportations vers les Etats-Unis, qui souffrent horriblement depuis le mois d’octobre puisque Donald Trump a engagé un bras de fer commercial avec l’Europe et imposé une surtaxe de 25% sur les importations de vin.

 

Avec le réchauffement climatique, le bordelais enchaîne les millésimes exceptionnels

Et puis, il y a la Chine, qui avait commencé à tousser avant le coronavirus. Sur ce marché, qui est un peu le relais de croissance, les exportations ont reculé de 12% l’an dernier. Là-bas, les vins australiens et chiliens qui ne sont pas taxés et qui font souvent l’objet de davantage de publicité, progressent très vite.
On peut quand même être optimiste pour le Bordeaux. Déjà parce que le bon côté du réchauffement climatique, si on ose, c’est que depuis 10 ans, le bordelais enchaîne les millésimes exceptionnels. L’autre point, c’est que la Gironde, que l’on disait un peu conservatrice, s’est remise en cause depuis 5 ans. C’est le premier département de France à produire du vin biologique par exemple.

 

 

La qualité et le bio donnent des armes pour valoriser la production. Il faut avoir en tête que même si globalement le Bordeaux perd des parts de marché, il reste la référence à l’échelle mondiale. Ce qui est vrai, c’est qu’il y a en fait 2 monde du Bordeaux : les grands crus, qui représentent 3% de la surface cultivée mais plus de 50% des exportations en valeur et les autres. Les grands crus vont traverser la crise, mais parmi les autres, les plus faibles obligés de vendre souvent en vrac à des prix de plus en plus bas, certains vont souffrir et risquent d’avoir le vin un peu triste.

 

David Barroux

 

Retrouvez le Décryptage Economique de David Barroux