Disparition : le pianiste Daniel Wayenberg est mort à l’âge de 89 ans

D’origine néerlandaise mais ayant surtout vécu à Paris, où il est né et décédé hier des suites d’un cancer, Daniel Wayenberg a connu une riche carrière, collaboré avec les plus grands chefs de son temps et réalisé une discographie importante. Très populaire dans son pays d’origine, il était aussi compositeur et a défendu la musique contemporaine constamment. Ce passionné de Wagner, mais aussi de jazz et de sport, laissera le souvenir d’un grand artiste et d’un homme généreux et chaleureux.

 

Daniel Wayenberg : Un talent précoce

Né à Paris mais ayant grandi aux Pays-Bas où vivaient ses parents, sa mère d’origine russe et violoniste et son père journaliste sportif, Daniel Wayenberg a montré très jeune des dons hors norme pour la musique piano. À 4 ans, par exemple, il était capable de rejouer des airs qu’il avait entendus. Une précocité qui conduit ses parents à le sortir du système scolaire pour lui permettre de pratiquer son instrument à domicile, tout d’abord auprès de sa mère puis avec le compositeur hollandais Ary Verhaar, également théoricien et musicien à La Haye. Ses parents s’installent à Paris en 1947 alors qu’il a dix-sept ans et le confient à la grande pianiste et professeure émérite Marguerite Long qui dira de lui : « Daniel, c’est un monstre de musique ! ». Il obtiendra d’ailleurs le deuxième prix au concours Marguerite Long-Jacques Thibaud à Paris en 1949, juste derrière les vainqueurs ex-aequo Aldo Ciccolini et Ventsislav Yankoff.

La longue et riche carrière internationale de Daniel Wayenberg

En 1953, à l’âge de 24 ans, il débute en concert avec l’Orchestre Philharmonique de New York, sous la direction de Dimitri Mitropoulos. Par la suite, Daniel Wayenberg effectuera plusieurs longues tournées à travers les États-Unis et le Canada. Il se produit également en URSS, en Tchécoslovaquie, en Scandinavie et en Grèce sous la direction de grands chefs d’orchestre : Eugen Jochum, Karl Böhm, Jean Martinon, Rafael Kubelík, George Szell, John Barbirolli, Georges Prêtre, Bernard Haitink… Une carrière internationale qui l’a conduit a jouer à l’étranger plus souvent qu’aux Pays-Bas et en France où il était établi. Néanmoins, il était aussi très populaire aux Pays-Bas où il avait été nommé en 1985 professeur de piano au Conservatoire de Rotterdam. Son confrère pianiste Jan Wijn, avec lequel il a souvent joué dans les années 60/70 disait de lui : « Son jeu était clair, techniquement très cool et bien organisé. Mais son génie était son incroyable oreille et sa mémoire. Si vous jouiez un morceau de concerto pour piano sans préparation, il était capable de jouer toute la partie d’orchestre par cœur. Lui et Theo Bruins étaient les deux icônes du monde du piano hollandais. ». Des compliments que ce grand modeste qualifiait de « non-sens ».

Daniel Wayenberg, pédagogue et chaleureux

Depuis 2012, il se produisait souvent dans des récitals à 4 mains et deux pianos avec son ancien élève Martin Oei. Le jeune pianiste néerlandais qui estime que Daniel Wayenberg se comportait avec lui plutôt comme un collègue et non en tant qu’enseignant : « J’ai beaucoup appris de lui, en jouant ensemble mais surtout en écoutant. Chaque son qu’il souhaitait venait du piano immédiatement. Jusqu’à l’âge de 88 ans, il pouvait jouer par cœur les parties les plus difficiles de Liszt ou de Rachmaninov. Il avait une mémoire phénoménale ». Outre la musique classique, et le jazz (avec Louis van Dijk, Stéphane Grappelli, Claude Luther…), Daniel Wayenberg a interprété et créé beaucoup de musique contemporaine française. Il était également compositeur (musique de chambre, concertos pour piano, ballets…). Éternel célibataire, c’était un bon vivant qui aimait le football, le billard, les jeux vidéo et surtout ses trains miniatures, pour lesquels il avait construit un réseau ferré dans le sous-sol de sa maison.

En 2018, à l’âge de 88 ans, il jouait toujours dans la petite salle du Concertgebouw d’Amsterdam. En janvier dernier Daniel Wayenberg devait donner un récital aux Concerts de Monsieur Croche, Salle Gaveau, mais avait dû renoncer à se produire au dernier moment en raison de la dégradation de son état de santé.

 

Philippe Gault

 

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