Il faut sauver Lyric FM, la radio classique irlandaise

Confrontée à des difficultés financière sans précédent, RTÉ, le service public de radiodiffusion et télévision irlandais (Eire) pourrait être contraint de fermer Lyric FM, sa radio spécialisée dans la musique classique. Animateurs, auditeurs, personnalités du monde de la musique et politiciens se mobilisent pour tenter d’assurer sa survie.

Les difficultés financière du service public 

L’annonce, lors d’une émission spéciale jeudi dernier, par la direction de du service public que, parmi les hypothèses envisagées pour redresser les finances du groupe, certaines chaînes et fréquences pourraient être supprimées, a surpris et abasourdi employés, téléspectateurs et auditeurs, notamment ceux de Lyric FM qui pourrait être l’une des victimes d’un plan de redressement qui s’annonce drastique. La baisse du marché publicitaire, de la dotation publique (financée par une redevance) et de nouvelles taxes sur les médias ont fragilisé considérablement la situation, financière de RTÉ. Selon, Dee Forbes, la directrice générale du groupe: « La crise du financement des médias de service va continuer. La capacité de RTÉ à s’acquitter de son mandat actuel est sérieusement compromise et il ne sera plus possible de continuer comme ça car les recettes commerciales et le financement public sont nettement inférieurs à ce qui est nécessaire pour exploiter notre groupe dans sa forme actuelle ». RTÉ, qui emploie 1800 personnes en Irlande, a vu son chiffre d’affaire baisser considérablement ces dernières années, inférieur désormais de 100 millions d’euros par rapport à celui de 2008 au moment de la crise boursière mondiale qui avait particulièrement affecté la santé économique du pays jusqu’en 2013. Parmi les pistes évoquées pour sortir de cette situation, la baisse des salaires des grandes figures des émissions phares mais surtout la suppression de certains services « peu rentables », et même si le nom de Lyric FM n’a pas été implicitement cité, les 20 employés et animateurs de la fréquence, créée en 1999 et basée à Limerick, se sont sentis directement visés. Il est vrai qu’avec 273 000 auditeurs chaque semaine, l’audience de Lyric FM ne représente que 1,9% de l’audience générale de RTÉ. Son chiffre d’affaire s’est élevé à 6,6 millions d’euros en 2018 (sur les 391 millions du groupe), ce qui correspond à 4,31 euros sur les 160 € de chaque redevance audiovisuelle.

Mobilisation autour de la survie de Lyric FM

Ce sont les animateurs de Lyric FM qui ont été les premiers à appeler leurs auditeurs à les soutenir. Liz Nolan, présentatrice vedette de l’émission The Full Score, a ainsi demandé aux « amis et auditeurs » de soutenir la station en se mobilisant sur les réseaux sociaux. Des appels qui ont ému les fidèles auditeurs de la station et les amateurs de musique classique, comme l’avocate Margaret Kent qui a écrit sur Twitter : « Lyric FM provoque un véritable coup de fouet quotidien pour la santé mentale de ses milliers d’auditeurs (…) Ses présentateurs sont compétents, professionnels et à l’écoute. Lyric FM est un trésor national de l’Irlande ». Même émotion et inquiétude de la part du compositeur Bill Whelan pour qui: « La station n’est pas simplement une oasis de calme mais aussi un espace important pour la diffusion d’un arc-en-ciel de musique, ce que ne propose aucun autre diffuseur ».

Un dossier sensible pour les autorités politiques

Une pétition en ligne (Keep Lyric FM as it is) a même été lancée sur la plateforme participative My Uplift et a déjà recueilli près de 2000 signatures. Désormais c’est au niveau politique que se joue l’avenir de la radio. Plusieurs parlementaires se sont saisis du dossier pour alerter le gouvernement. La députée travailliste Jan O’Sullivan a déjà interpellé Josepha Madigan, la ministre des Arts et Richard Bruton, le ministre des communications, afin qu’ils se saisissent du dossier. Ce dernier s’est contenté de rappeler les dirigeants du groupe a leurs responsabilités face à cette situation: « Ils doivent prendre les décisions qui s’imposent. Mieux appréhender les changements de comportement des auditeurs et des téléspectateurs. Nous attendons de voir comment RTÉ réagit à ces défis et la stratégie qu’elle compte développer. Ils doivent travailler à cela« .

 

Philip Gault