La diffusion de « Bella ciao » par des mosquées provoque un scandale en Turquie

Les autorités turques ont ouvert une enquête jeudi, après que des inconnus aient piraté le système d’appel à la prière à Izmir, pour diffuser le chant de révolte italien « Bella ciao » depuis les minarets de plusieurs mosquées de la ville. 

 

Une enquête a été ouverte à Izmir pour « dénigrement des valeurs religieuses »

L’hymne anti-fasciste italien a été diffusé par plusieurs mosquées mercredi après-midi, à l’heure de l’Adhān, l’appel à la prière lancé 5 fois par jour. La séquence a été largement partagée sur les réseaux sociaux. La division locale de Diyanet, l’Autorité turque des Affaires religieuses, a confirmé l’incident dans un communiqué diffusé mercredi soir sur son compte Twitter et annoncé avoir ouvert une enquête interne et déposé plainte auprès de la police.

 

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La chanson a été diffusée après que « des inconnus ont saboté et illégalement piraté le système d’appel à la prière », a précisé Diyanet. Le parquet d’Izmir a ouvert une enquête sur cet incident et aussi contre des usagers des réseaux sociaux soupçonnés de « dénigrement des valeurs religieuses » pour l’avoir applaudi, selon l’agence nationale Anadolu.

 

 

Le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan parle d’un « acte répugnant »

« Bella ciao », le chant des résistants italiens au cours de la Deuxième Guerre mondiale, est devenu en Italie, au cœur de la crise du coronavirus, un chant d’espoir et de ralliement interprété tous les soirs sur les balcons à 18 heures. De grands orchestres, comme l’Orchestre du Théâtre National de Belgrade (Serbie), ont même joué et mis en ligne au mois de mars sur les réseaux sociaux le célèbre « Bella ciao », en hommage à tous ceux qui résistent en Italie face à la pandémie de Covid-19.

 

 

Mais à Izmir, 3e plus grande ville de Turquie, bastion laïque et fief du CHP, le principal parti d’opposition, la diffusion de la chanson, qui plus est depuis une mosquée, est vue comme une provocation contre le pouvoir. Omer Celik, le porte-parole de l’AKP, le parti islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, a « vigoureusement condamné » ce piratage, affirmant sur Twitter que « les auteurs de cet acte répugnant seront retrouvés ».

 

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Les médias pro-gouvernementaux ont également condamné ce piratage, le qualifiant de « scandale » et de « vile attaque contre les mosquées ». L’incident s’est produit en plein ramadan, le mois de jeûne musulman, et alors que les mosquées sont fermées depuis deux mois pour lutter contre la propagation du coronavirus en Turquie.

 

Philippe Gault (Avec AFP)

 

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