L’Elixir d’Amour de Donizetti, le charme du bel canto italien

L’Elixir d’amour est l’un des grands triomphes de Donizetti. Cet opéra-bouffe (melodramma giocoso), dont le succès ne s’est jamais démenti, est une histoire d’amour qui mêle l’humour et la profondeur des sentiments. Elle renferme aussi l’un des airs les plus fameux du répertoire : «Una furtiva lagrima»

 

Dans L’Elixir d’amour, il est bien sûr question d’un philtre, mais aussi d’une histoire amour qui se termine bien

C’est dans L’Elixir d’amour que figure l’un des airs favoris du public, qu’il soit ou non amateur d’opéra, le fameux «Una furtiva lagrima» que chante Nemorino. Cet air est devenu le morceau incontournable de tous les ténors, très souvent chanté en récital. Qui n’a pas en tête les interprétations de Luciano Pavarotti, Placido Domingo, Alfredo Kraus, Roberto Alagna ou Juan Diego Florez, pour ne citer que les plus illustres? Ce moment de pure émotion, d’une intense profondeur, n’est d’aillleurs pas le seul de l’ouvrage. Il y a aussi la prière amoureuse du même Nemorino, «Adina credimi» (Adina, crois moi), ou encore la déclaration finale d’Adina « Prendi per mei sei libero » (Reçois de moi ta liberté). Et pourtant L’Elixir d’amour est un opéra bouffe, une comédie légère, dans la lignée de celles de Rossini.

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L’histoire, qui se déroule dans un village du Pays basque, est relativement simple, pleine d’humour et de dérision. Nemorino, jeune fermier désargenté est amoureux de la riche héritière terrienne Adina, qui le dédaigne et lui préfère le fringant sergent Belcore. Pour conquérir Adina et se rendre irrésistible à ses yeux, Nemorino achète à un charlatan, le docteur Dulcamara, un élixir magique, qui s’avère être une simple bouteille de Bordeaux. L’élixir provoque la gaieté du jeune paysan, mais aussi son indifférence face à Adina. Piquée au vif, elle consent alors à épouser Belcore. Invité à la noce, le docteur Dulcamara propose une autre bouteille à Nemorino, qui pour l’acheter n’a pas d’autre choix que de s’engager dans l’armée. Intervient alors un providentiel coup de théâtre: Nemorino apprend qu’il hérite d’un oncle fortuné, devenant ainsi l’homme le plus séduisant du monde. Maintenant riche, il peut épouser Adina, confirmant au passage l’efficacité de l’élixir de Dulcamara !

 

Le triomple de L’Elixir d’amour permet à Donizetti de renouer avec le succès

Le livret de L’Elixir d’amour est une adaption très fidèle d’un autre livret d’opéra, Le Philtre de Daniel-François-Esprit Auber, écrit par Eugène Scribe, et qui a rencontré un très beau succès à l’Opéra de Paris, en juin 1831. Il met en scène, également dans un village basque, Guillaume, garçon de ferme, Térézine une jeune fermière, Joli-Coeur un sergent et le docteur Fontanarose, charlatan. C’est à Felice Romani qu’est confié la rédaction du livret. Romani a déjà travaillé avec Donizetti trois ans auparavant, en 1830, une collaboration qui a conduit au premier grand succès de Donizetti, Anna Bolena. Romani travaille vite. Il n’a en fait pas le choix, les circonstances lui imposent de ne pas perdre de temps, car le directeur du Teatro Della Cannobiana de Milan s’est adressé à Donizetti dans l’urgence, pour pallier la défection d’un autre compositeur. Le directeur du théâtre avait d’ailleurs proposé à Donizetti de puiser dans l’un de ses précédents opéras. Donizetti avait refusé, en expliquant qu’il avait «assez d’énergie pour composer un opéra flambant neuf en quinze jours». Le livret est rapidement prêt, et il faudra à Donizetti, non pas quinze jours, mais un mois pour composer la musique, ce qui témoigne d’une fabuleuse capacité de travail, même si l’opéra n’était pas terminé quand les répétitions ont commencé. L’Elixir d’amour est donné le 12 mai 1832, et comme les spectateurs parisiens du Philtre, le public milanais succombe lui aussi à cette histoire d’amour. Pour Donizetti c’est aussi un soulagement, car ce succès lui fait oublier l’échec cuisant qu’il avait subit seulement deux mois plus tôt, le 13 mars, à la Scala, avec Ugo, conte di Parigi, là aussi sur un livret de Felice Romani. L’ouvrage restera à l’affiche pour trente-trois représentations, avant d’être repris à Barcelone, Berlin, Vienne, Mexico, Prague, Londres, New York et Paris.

« Una furtiva lagrima » (Roberto Alagna, Orchestre National de Lyon, dir. Evelino Pido)

 

L’ombre de Tristan et Yseult plane sur L’Elixir d’amour

Après le succès de la création, l’ouvrage n’a plus quitté le répertoire. Comment, en effet, ne pas être séduit par cette comédie sentimentale, imprégnée du mythe de Tristan et Yseult, dans lequel il est aussi question d’un philtre magique? L’opéra commence d’ailleurs par la lecture de l’histoire des deux amants, que fait Adina à ses paysans, l’épisode du philtre impressionnant tout particulièrement Nemorino. De tout temps le public a succombé à la joie de vivre d’Adina, à la constance amoureuse de Nemorino et au cynisme de Dulcamara, dont l’air «Udite, udite o rustici» ( Ecoutez, écoutez paysans), dans lequel il vante les bienfaits de sa marchandise, est l’un des bijoux de l’opera buffa. Après L’Elixir d’amour, Donizetti composera deux autres opéras dans la même veine, La Fille du Régiment en 1840, puis Don Pasquale en 1843, eux aussi passés à la postérité.

 

Jean-Michel Dhuez

 

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