La délicate reprise de la danse à l’Opéra de Paris, au Capitole de Toulouse, à Lyon et Bordeaux

Tests chaque semaine, répétitions en petits groupes et pas de deux préférés pour le moment aux grands spectacles. En France, les compagnies de ballet les plus prestigieuses retournent sur scène pour un début de saison pas tout à fait comme les autres.

 

À l’Opéra de Paris, les danseurs des différents pas de deux répètent séparément dans plusieurs studios

Le Ballet de l’Opéra, qui a très peu dansé depuis un an pour cause de grève et de pandémie, est, depuis le 2 octobre, de retour sur scène au Palais Garnier, ou plutôt sur son avant-scène en raison de travaux jusqu’à la fin de l’année. A l’Opéra de Paris, comme dans les principales compagnies régionales, un protocole sanitaire strict a été établi: les danseuses et danseurs des différents pas de deux répètent séparément dans plusieurs studios, désinfectés avant et après chaque séance de travail.

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« Chaque lundi, on se fait tester à Garnier, et durant la classe et les répétitions, le masque est fortement recommandé, au moins jusqu’aux sauts », raconte Aurélie Dupont, la directrice de la danse. « On veut mettre toutes les chances de notre côté ». Après une vingtaine de cas positifs (tous asymptomatiques) sur les 154 danseurs à la rentrée, « il y avait zéro cas » fin septembre, selon Aurélie Dupont, précisant qu’un employé de la maison est isolé une semaine s’il s’avère être positif. Pour quatre créations contemporaines prévues en novembre, 36 danseurs du corps de ballet (9 par chorégraphe) sont « isolés » du reste de la troupe, à l’Opéra Bastille. Le grand défi sera toutefois de pouvoir monter un grand ballet académique comme « La Bayadère » prévu en décembre. « On va travailler par petits groupes et prendre beaucoup de précaution avec l’Acte des Ombres », célèbre tableau avec une procession de 32 ballerines en tutus et voiles blancs, explique l’ex-danseuse étoile, qui se dit « assez optimiste ».

Le Capitole de Toulouse a dû annuler « La Bayadère » coproduite avec l’Estonie

Pas de grand ballet donc au programme, mais des solos et des pas de deux classiques et néoclassiques, sans entracte. Un format proposé également le 15 octobre au Théâtre des Champs-Elysées pour une soirée de danse baptisée « FranceenDanse », réunissant le Ballet de Lyon, celui de Bordeaux, du Capitole de Toulouse et le Malandain Ballet Biarritz. Le théâtre de Chaillot, temple de la danse à Paris, reprend également son activité à la mi-octobre, avec une chorégraphie du Suédois Johan Inger pour 16 danseurs de la compagnie italienne Aterballetto.

 

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Au Capitole de Toulouse, le directeur de la danse Kader Belarbi a dû, lui, se résigner à annuler l’entrée au répertoire de « La Bayadère », prévue en décembre. Il s’agissait d’une coproduction avec l’Estonie, selon la version du chorégraphe estonien Thomas Edur. « Les transports et les transferts avec l’Estonie devenaient trop compliqués », explique Kader Belarbi. En revanche, le chorégraphe espère présenter en novembre sa création très attendue d’un ballet sur le peintre Toulouse-Lautrec, prévue à l’origine en mai. Lors de la soirée « FranceenDanse », il en dévoilera un extrait. « Mais c’est un peu l’épée de Damoclès. Si des cas positifs forcent la compagnie à l’arrêt pendant une semaine, je ne peux pas y arriver. Je travaille déjà sur des alternatives, c’est un peu le grand écart ».

Selon Thierry Malandain (Biarritz) « On est suspendu à l’inconnu »

Continuer aussi à créer: Julie Guibert, la nouvelle directrice du Ballet de Lyon, a lancé la saison avec un projet de solos entre sept jeunes chorégraphes et sept danseurs, « pour favoriser leur créativité ». Selon Eric Quilleré, directeur du Ballet de Bordeaux qui remonte la semaine prochaine des ballets de Jerome Robbins, « Il ne faut absolument pas baisser les bras ». « La pire chose est de ne rien faire », renchérit Vony Sarfati, productrice de la soirée « FranceenDanse », même s’il est « très difficile de se projeter dans l’avenir ». Sa maison de production travaille en grande majorité avec des artistes étrangers. « On a eu beaucoup d’annulations, l’état des jauges fluctue ». Thierry Malandain, directeur du Malandain Ballet Biarritz, partage cette crainte: sa troupe de 22 danseurs, l’une des plus actives en France, a dû annuler 52 représentations depuis mars, avec un déficit de 345.000 euros. « On est suspendu à l’inconnu », dit-il.

 Philippe Gault (avec AFP)

 

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