Intermittents : 230 artistes, dont Marion Cotillard et Catherine Deneuve interpellent Emmanuel Macron

Omar Sy, Catherine Deneuve, Marion Cotillard et Jean Dujardin font partie des plus de 230 personnalités de la culture qui demandent la prolongation des droits des intermittents du spectacle d’un an au-delà des mois où l’activité aura été impossible, face à la crise sanitaire, dans une tribune publiée ce jeudi par Le Monde.

Jean Dujardin, Isabelle Adjani, Jacques Audiard et Benjamin Biolay ont signé cette tribune

Les intermittents du spectacle affirment jouer leur survie face à la crise du coronavirus et craignent d’être les oubliés de l’État, à qui ils réclament un sursis d’un an pour pouvoir rebondir. « Monsieur le Président de la République, lors de sa conférence de presse du 19 avril, le Premier ministre, énumérant tous les secteurs d’activité, a oublié le secteur culturel. Combien de personnes vivant en France a-t-il oubliées avec nous ? », disent dans ce texte ces artistes issu du cinéma, mais aussi du théâtre ou de la musique. Figurent notamment dans ce collectif les comédiens Jean Dujardin, Isabelle Adjani, Catherine Deneuve, Omar Sy et Marion Cotillard, les cinéastes Jacques Audiard, Cédric Klapisch et Rebecca Zlotowski, les metteurs en scène de théâtre Stanislas Nordey et Joël Pommerat ou les chanteurs Clara Luciani, Benjamin Biolay et Patrick Bruel.

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« Depuis six semaines, le ministre de la culture (Franck Riester) ne dit strictement rien », poursuivent-ils. « Résultat, nous vivons dans les supputations: comment feront les intermittents pour pouvoir continuer à acheter à manger après la prolongation de trois mois qui a été décidée ? », ajoute la tribune. « Personne ne sait quand les théâtres, les salles de concert, les grands musées, les cinémas rouvriront (janvier 2021?), ni quand les tournages ou les répétitions reprendront (juillet ? octobre ? décembre ?). Exigez donc du ministère de la Culture qu’il parte de la date la plus catastrophique et mette en place un système de sauvetage qui prévoie d’aller jusqu’à cette date et dont les gens et les structures se retireraient à mesure qu’ils pourraient reprendre leur activité ».

 

Le ministre de la culture Franck Riester appelé à mettre en place un système de sauvetage

Pour eux, « le ministère de la Culture doit obtenir du ministère du Travail de prolonger les droits des intermittents d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible, comme le demandent les pétitions Année noire et Culture en danger. Le ministère du Travail doit prendre des mesures d’urgence pour tous les travailleurs en contrats courts qui ne se verront proposer aucun des emplois que nos secteurs d’activité génèrent en temps normal ». Adressée au président Emmanuel Macron, la pétition « Culture en danger », l’une de celles qui circulent depuis plusieurs jours, réunissait près de 50 000 signataires jeudi matin. La pétition « Année noire 2020 », rassemble quant à elle quelque 180 000 signatures.

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Spécificité française, le régime des intermittents concerne 100.000 artistes et techniciens indemnisés chaque année. Pour obtenir l’assurance chômage, ils doivent avoir travaillé 507 heures sur douze mois. Or avec les annulations, très peu pourront cumuler les cachets nécessaires. Les ministère de la Culture et du Travail avaient décidé de ne pas comptabiliser la période de confinement dans le calcul de la période d’ouverture des droits et celui des indemnisations. Mais les intermittents réclament désormais une « remise des compteurs à zéro » et une « année blanche » à compter de la réouverture totale des salles.

 

Des intermittents pensent déjà à se reconvertir

« C’est très difficile de ne pas pouvoir se projeter », réagit Marie Soubestre, soprano. Elle devait chanter début avril dans « Carmen » de Georges Bizet au festival de musique La Brèche près de Chambéry puis à La Seine musicale en mai et juin avant de donner des stages de chants cet été. Le caractère aléatoire et saisonnier rime souvent avec précarité: « parfois on pense avoir un contrat puis une subvention est perdue, parfois un festival ne nous prend pas », dit la chanteuse, militante au Syndicat français des artistes (SFA-CGT). Se pose également le problème des nouveaux intermittents qui « vont se retrouver sans rien pendant au moins un an ». « Je pense qu’on ne mesure pas encore la situation. Si on n’est pas accompagné, cela va être terrible », assure la soprano qui affirme que des intermittents pensent déjà à se reconvertir.

 

Philippe Gault (avec AFP)

 

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