Glyphosate : l’interdiction partielle pour 2021 « pas tenable », selon Emmanuel Macron

L’objectif fixé à 2021 par Emmanuel Macron pour l’interdiction partielle du glyphosate ne sera pas tenable. Le président repousse, dans un entretien accordé à la presse régionale, le calendrier de sortie de cet herbicide. Une déclaration, qui intervient à la veille de l’ouverture du Salon de l’agriculture.

 

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L’arboriculture et la viticulture seront les premières à se défaire du glyphosate

Le président de la République ne fait en réalité que confirmer un état de fait, en repoussant l’interdiction partielle du glyphosate après 2021. L’agriculture française n’est pas prête à se défaire de cet herbicide fabriqué par le géant Monsanto. Avec 8.000 tonnes consommées par an, c’est encore la molécule chimique la plus utilisée. Il y a un peu plus de deux ans, Emmanuel Macron annonçait dans un tweet son interdiction partielle pour 2021, puis totale en 2023. Mais petit à petit, le gouvernement a revu à la baisse ses exigences. Emmanuel Macron s’oriente donc vers une sortie du glyphosate par type de cultures.

 

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Pour lui, la filière la plus en mesure de sortir rapidement du glyphosate avec l’arboriculture, c’est la viticulture. D’ailleurs, il le proclamait l’année dernière à l’ouverture du Salon de l’agriculture 2019. « Quand je regarde le vignoble français, je pense que nous pouvons en faire le premier vignoble du monde sans glyphosate. » « On est presque prêt », lui répond Jean-Marie Barillère, le président du comité national des inter-professions des vins à appellation.

 

20 à 30% des vignes sont encore dépendantes des herbicides chimiques

« C’est jouable dans un espace de un à deux ans. Ce qui est plus difficile, c’est de ne plus répandre de glyphosate sous le rang, c’est-à-dire autour du pied de vigne. Il faut donc travailler le sol, ce qui implique un changement de pratiques qui demande beaucoup plus d’heures de travail pour les chauffeurs de tracteur et du matériel adapté ». Une transformation qui devrait prendre 5 à 7 ans. » 5 ans, c’est par exemple le temps que Frédéric Maillet, des vignobles Mousset-Barrot situés à Châteauneuf-du-Pape a mis pour se défaire du glyphosate. »

 

 

La cuvée 2021 sera d’ailleurs garantie 100% sans glyphosate. Pour y parvenir, il a dû investir environ 300.000 euros. « C’est presque 2.000 euros par hectare. On a acheté tous les ans entre une et deux machines de travail du sol, qui valent entre 8.000 et 15.000 euros. Je pense qu’à terme, on y sera gagnant. Les appellations haut de gamme permettent toujours de financer cela. Le plus dur, c’est dans les appellations génériques type Côtes-du-Rhône, où il y a des prix fixés par le marché ». 20 à 30% des vignes sont encore problématiques, comme celles plantées sur les terrasses du Larsac ou les vignes à flanc de collines, en Alsace.

 

Emmanuel Macron annonce une compensation de 25 millions d’euros aux agriculteurs

L’impasse de la sortie du glyphosate vaut surtout pour les grandes cultures. C’est d’ailleurs ce que reconnaît le président de la République aujourd’hui. Les produits de bio-contrôle, moins nocifs, ne suffisent pas par exemple à Guillaume Cabot, producteur de blé en Seine-Maritime. Il fait pourtant des efforts : « Dès qu’on peut le faire, on le fait. J’utilise un 1/6 de la dose de glyphosate et si je peux faire l’impasse, je fais l’impasse. » Pour lui, produire sans glyphosate est incompatible avec les exigences de marché.

 

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« Sur ma tonne de blé, mon coût de production, je vais l’augmenter de 30 à 40 euros. Le client va dire que je ne suis pas compétitif et va aller l’acheter ailleurs ». Il va falloir une compensation de l’Etat. Emmanuel Macron annonce d’ailleurs aujourd’hui une compensation de 25 millions d’euros, pour le manque à gagner enregistré par les agriculteurs après la mise en place en janvier 2020 de zones de non-traitement aux pesticides près des habitations.

 

Laurie-Anne Toulemont

 

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