Côte d’azur : La « mafia des déchets » jugée pour escroquerie en bande organisée

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17 prévenus et un préjudice estimé à plus de 10 millions d’euros par la justice, avec des zones naturelles polluées à jamais. La « mafia des déchets » est jugée depuis le début de la semaine et jusqu’à demain à Draguignan dans un dossier gigantesque de décharges sauvages.

« Si les victimes protestaient elles étaient menacées de mort »

17 prévenus dont 7 entreprises du secteur des travaux publics, du bâtiment ou des transports, sont jugés pour abandon de déchets en bande organisée, escroquerie en bande organisée mais aussi menace de mort et extorsion. Des entreprises qui se sont organisées pendant des années pour détourner des tonnes et des tonnes de déchets issus de chantiers. Anne Roques est juriste à France Nature Environnement et s’est constituée partie civile dans ce dossier : « ce sont de nombreuses entreprises qui essayaient de récupérer des marchés auprès de ces personnes qui généraient ces déchets. Ces personnes du BTP faisaient semblant de les éliminer de façon légale et trouvaient ensuite des sites publics ou privés en passant des annonces sur Leboncoin. Des personnes se sont retrouvées ensevelies sous des tonnes de déchets sur leur terrain alors qu’à la base, elles cherchaient seulement à se faire livrer de la terre pour leurs jardins ».

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Certains de ses particuliers, au lieu de voir 2 ou 3 camions chargés de terre, ont vu défiler des dizaines voire des centaines de camions déversant des déchets sur leur terrain. « Si ces personnes protestaient elles étaient menacées de mort » affirme Anne Roques.

Certains prévenus ont gagné jusqu’à 500 000 euros grâce à ce trafic

L’évacuation était facturée au prix réglementaire sans que ce soit le cas, générant ainsi d’importants bénéfices. Au total 18 sites ont été touchés et ont reçu des centaines de milliers de tonnes de déchets. Selon les inspecteurs de la Direction régionale de l’environnement, chez des particuliers mais aussi dans des bois ou des zones classées. « Le coût de la remise en état du site avec le plus de déchets a été estimé à 3 millions d’euros. Il y a aussi des sites qui abritaient des espèces protégées comme la tortue d’Hermann. Ce qu’il s’est passé est grave il y a aussi des gens en dépression à cause des menaces qu’ils ont reçues » clame Anne Roques. Avec sur certains sites du mercure ou du plomb. Un réseau démantelé l’an dernier après un coup de filet baptisé « terres brûlées ». 200 gendarmes ont participé au travail d’instruction avec des écoutes téléphoniques, des survols en hélicoptère pour repérer les camions. Certains prévenus ont gagné jusqu’à 500 000 euros grâce à ce trafic selon le dossier d’enquête.

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Hier, 5 ans d’emprisonnement dont 3 avec sursis ont été requis contre un homme de 34 ans, 4 ans d’emprisonnement dont 3 avec sursis requis contre deux autres. La fédération du BTP du Var a rejoint elle aussi le rang des parties civiles pour ce procès. Jean-Jacques Castillon est son président et il appelle à de lourdes sanctions pour mettre fin à ce fléau : « j’espère que ça va en calmer quand même quelques-uns. On verra vendredi au jugement si les peines sont à la hauteur des actes commis ». Les associations de défense de l’environnement avaient recensé en 2019, 80 décharges sauvages importantes dans le département du Var. France Nature Environnement de son côté, parle de plus de 250 signalements de décharges dans toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur.

Baptiste Gaborit

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