Plan pollinisateurs : Un plan qui suscite la déception des apiculteurs

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C’était un plan très attendu : le plan pollinisateurs, destiné à enrayer l’effondrement des populations d’abeilles et autres insectes pollinisateurs. Le texte a été présenté ce weekend par le gouvernement et vise notamment à mieux encadrer le traitement des cultures.

Le plan prévoit d’élargir à tous les pesticides la procédure d’évaluation des risques pour les pollinisateurs

Il s’agit de protéger les pollinisateurs lors de l’application des produits phytosanitaires, autrement dit des pesticides, sur les cultures en floraison que viennent butiner les insectes. Des pesticides dont on sait pour certains, qu’ils ont un impact sur la mortalité et notamment des abeilles. Le plan prévoit d’élargir à tous les pesticides, et plus seulement aux insecticides, la procédure d’évaluation des risques pour les pollinisateurs. C’est important selon Axel Decourtye, chercheur et directeur de l’Institut de l’abeille : « ce qui est nouveau dans ce plan, c’est une évaluation des risques qui concernent l’ensemble des pesticides et plus uniquement les insecticides. On considère maintenant, avec notre état des connaissances sur la toxicité des produits, que les fongicides qui touchent les champignons, peuvent également affecter les insectes ».

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Cette évaluation peut amener à de possibles restrictions voire même à une interdiction de traitement sur certaines cultures en floraison. Et puis l’autre point important est l’arrêté « abeilles » publié hier au journal officiel. Un traitement qui sera à partir du 1er janvier 2022, réalisé uniquement dans les deux heures qui précédent le coucher du soleil et dans les 3 heures qui suivent.

Les apiculteurs subissent depuis plusieurs décennies, des taux de mortalité de plus de 30% dans les colonies d’abeilles

C’était un des points essentiels des discussions autour de ce plan afin d’éviter de traiter les cultures au moment où les abeilles butinent mais la plage horaire retenue ne satisfait pas les apiculteurs comme Henri Clément, secrétaire général de l’UNAF, l’Union Nationale de l’Apiculture Française : « 2 heures avant le coucher du soleil, les abeilles travaillent et ce jusqu’à la nuit tombée donc elles ne vont pas être protégées. Nous avions demandé une plus grande rigueur. Il y a en prime énormément de dérogations qui sont d’ores et déjà envisagées et cela va être un laisser-aller général ». Avec des dérogations possibles par exemple, en cas d’activité exclusivement diurne des bio agresseurs.

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Le plan pollinisateurs prévoit également de renforcer les moyens accordés à la recherche pour mieux connaitre l’alimentation ou les facteurs de stress des insectes sauvages et de mobiliser tous les acteurs pour disséminer les pratiques favorables aux pollinisateurs. Ce n’est pas suffisant selon Henri Clément : « il y a beaucoup de paroles, beaucoup de communication pour un résultat extrêmement décevant et nous avons à redouter que ce n’est pas avec ce type de plan que l’on va sauvegarder les abeilles et les pollinisateurs. C’est un coup d’épée dans le dos, le temps passe et la situation s’aggrave ». Les apiculteurs subissent depuis plusieurs décennies maintenant, des taux de mortalité de plus de 30% dans les colonies d’abeilles. Mais les insectes sauvages sont aussi touchés avec 1 espèce d’abeille sur 10 au bord de l’extinction en Europe selon l’UICN, l’Union Internationale pour la conservation de la nature.

Baptiste Gaborit

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