Coronavirus : Après la crise sanitaire, la crise économique ?

Le coronavirus risque de mettre la Chine à l’arrêt et menace donc les usines du monde entier. En cause, la pénurie de pièces détachées produites et exportées dans le monde entier par le pays épicentre de l’épidémie.

 

Entre 2 et 4 semaines de stocks tampons pour les industriels

La Chine est l’usine du monde. C’est aussi le premier exportateur de la planète. Mais il n’exporte pas que des produits finis car on n’achète pas que des t-shirts ou des jouets « made in China ». Depuis les usines chinoises partent des milliers de pièces, d’éléments électroniques, de la matière première à peine transformée… Et si elles stoppent leur fabrication et que les containers ne partent plus des ports chinois, très vite, de nombreuses industries vont commencer à manquer de composants indispensables à leur fonctionnement. Il y a un vrai risque de chômage technique.

 

à lire aussi

 

On a d’ailleurs déjà vu des usines automobiles fermer en Asie. Mais ce n’est sans doute que le début d’une vague. Pour l’instant, la plupart des usines tournent encore pour deux raisons. La première, c’est que tous les industriels ont constitué des stocks en précaution ; en général, on parle de deux à quatre semaines de stocks tampons. Ensuite, la Chine n’est véritablement à l’arrêt que depuis la fin janvier. Jusqu’à la mi ou fin janvier, les porte-conteneurs sont partis chargés à bloc, comme d’habitude. Comme il leur faut entre 4 et 6 semaines pour livrer les ports américains ou européens, on va donc encore être approvisionné via nos ports pendant deux semaines.

 

Après le redémarrage de la Chine, Apple sera servi en priorité au détriment des PME

Après, le grand vide. Si la production et les exportations ne repartent pas très vite, à partir de la fin mars-début avril, le système productif mondial va commencer lui aussi à tousser. Si les entreprises peuvent faire face à la crise, elles ne seront pas toutes sur un pied d’égalité. Quand la machine industrielle chinoise va redémarrer, les fournisseurs vont sans doute privilégier leurs plus gros clients. Apple, par exemple, sera servi en priorité. Les grands groupes ont un autre avantage. Ils seront aussi prioritaires sur les porte-conteneurs et ils pourront réserver et payer pour du fret aérien. Les PME risquent, elles, de souffrir beaucoup plus.

 

 

Comme elles sont souvent plus fragiles, si elles ne peuvent plus produire, elles risquent de perdre leurs clients et de voir leurs créanciers leur couper les vivres. On en est pas encore là, mais si la crise sanitaire se prolonge, cela pourrait déboucher sur une crise économique d’une ampleur inconnue depuis des décennies.

 

David Barroux

 

Retrouvez le Décryptage Economique de David Barroux