Celebration, la ville de Floride imaginée par Walt Disney : du rêve au cauchemar ?

Télérama nous emmène à Celebration, aux Etats-Unis. Une ville rêvée par Walt Disney qui a tourné au cauchemar. « Le projet d’origine se voulait pourtant à la fois utopique et avant-gardiste. Dès les années 1960, le père de Mickey, passionné d’urbanisme, cherche à transposer dans la vraie vie la féerie de l’univers Disney, à créer une communauté à taille humaine, en réaction à la prolifération des banlieues industrialisées ».

A Celebration, les règles édictées par l’entreprise Disney sont très strictes

Walt Disney meurt avant sa réalisation et il faut attendre 1996 pour que l’entreprise qui porte son nom inaugure cette « cité radieuse » en Floride. « Coquet, presque irréel, le centre-ville de Celebration évoque un décor de cinéma : des enseignes à l’ancienne, des trottoirs immaculés, une grand-rue bordée de palmiers et de bâtiments couleur pêche et rose, débouchant sur un lac artificiel ». Disney organise des activités, des parades pour la fête nationale, de la fausse neige avant Noël.

 

 

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Mais pour vivre au paradis, il y a quelques contraintes : « De la couleur des façades à la hauteur du gazon, la compagnie a instauré des règles strictes. Interdiction de garer des vélos devant les maisons. Les rideaux donnant sur l’extérieur doivent être blancs. Les nains de jardin sont proscrits ». Les nains de jardin, interdits ? Le comble pour une entreprise qui dont le premier long-métrage était Blanche-Neige et les sept nains ! Pour ses détracteurs, Celebration est une cité de carton-pâte, « le refuge d’une Amérique frileuse et réactionnaire, qui refuserait de se confronter aux réalités du monde ».

 

Disney a vendu une partie de la ville à un fonds d’investissement

Comment la situation a-t-elle dérapé ? Eh bien petit à petit, les plus pauvres et les minorités ethniques ont été poussés dehors, phénomène aggravé par la crise financière de 2008. Il y a même eu -chose inimaginable dans l’esprit des habitants- des faits divers, un enseignant étranglé, un suicide… Et même un quadruple meurtre au début de l’année. Mais surtout, Disney a vendu une partie de la ville à un fonds d’investissement; car il ne s’agit pas d’une municipalité classique, pas de maire mais un directeur exécutif, qui n’hésite pas à laisser se délabrer les parties communes des immeubles, ce qui ne se voit pas de l’extérieur où tout est rutilant.

 

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Et devant les éboueurs, l’habitante avec qui discute le reporter baisse la voix « Difficile en effet de parler des sujets qui fâchent devant des employés susceptibles de rapporter au patron les propos entendus dans la rue. Flotte une ambiance teintée de suspicion digne de la série Le Prisonnier, dans cette micro-société où la contestation peut-être mal perçue, y compris, parfois, par les habitants eux-mêmes. »  « Certains sont venus vivre une vie de parc d’attractions », explique cette habitante, « et ne veulent pas qu’on crève leur bulle de bonheur. Ils ne se rendent pas compte que si on ne lutte pas nous allons perdre notre centre-ville ». On est donc loin du conte de fées…

 

Augustin Lefebvre

 

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