Biodiversité : Qu’est-ce que l’« effet pare-brise », qui révèle que le nombre d’insectes a diminué ?

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En 20 ans, le nombre d’insectes aurait chuté de 60% au Royaume-Uni selon une étude menée grâce à des automobilistes ! Cette chute considérable des populations d’insectes pourrait avoir des conséquences terribles sur la biodiversité.

« La cause majeure est l’agriculture intensive »

Les plaques d’immatriculation des voitures se mettent au service de la science. Au Royaume-Uni, des milliers d’automobilistes ont comptabilisé pendant des années les impacts d’insectes sur leurs plaques. Les résultats ont été publiés le 6 mai. Ils montrent une chute de 60% du nombre d’insectes volants dans le pays en moins de 20 ans. C’est la confirmation du déclin massif des populations d’insectes en Europe. Pour Philippe Grandcolas, écologue et directeur adjoint scientifique de l’institut écologie environnement du CNRS, ce n’est pas vraiment une surprise : « malheureusement cette étude va dans le même sens que toutes les études publiées dans l’hémisphère nord, là où il y a de grands paysages agricoles industriels. Le déclin des populations d’insectes est extrêmement fort. On parle de 60% ou 70% d’insectes en moins. Ce sont des chiffres énormes qui révèlent des extinctions locales dans les régions les plus touchées ». Cela concerne les libellules, les papillons, les bourdons et les abeilles sauvages évidemment.

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Les scientifiques parlent également du « syndrome du pare-brise ». Ils étaient, il y a quelques années, constellés d’impacts d’insectes lors des longs trajets. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.  On observe donc une baisse de 60% au Royaume-Uni, entre 2004 et 2021.  Dans certaines régions allemandes dans une étude de 2017, ce chiffre atteint même les 80%. En France les données sont similaires. Partout le déclin est massif et très rapide. Sur les 20 ou 30 dernières années les causes sont multiples, selon Benoit Fontaine, chercheur au Muséum national d’Histoire naturelle : « l’impact majeur c’est l’agriculture intensive. C’est une activité humaine qui occupe le plus d’espace en Europe occidentale et dont les pratiques sont très néfastes pour la biodiversité. On a également toutes les pratiques qui conduisent à la disparition de la diversité des habitats et qui consistent à introduire des produits destinés à tuer dans l’environnement. Les pesticides sont utilisés d’une manière déraisonnable ». Il y a aussi l’artificialisation des sols, le réchauffement climatique ou encore les espèces exotiques envahissantes.

 

Les insectes jouent un rôle primordial pour le développement des oiseaux et de la pollinisation

Cet effondrement des populations d’insectes signifie donc la perte d’un immense patrimoine naturel. En France métropolitaine, on compte plus de 40 000 espèces d’insectes. Ce déclin a donc des conséquences sur toute la biodiversité. En effet, les insectes en sont un maillon essentiel. Les oiseaux sont notamment touchés : « presque toutes les espèces d’oiseaux nourrissent leurs petits avec des insectes. Si les insectes disparaissent les oisillons ne pourront plus être nourris ». En France le nombre de Pipit farlouse, un oiseau des champs, a baissé de 70%. 30% des oiseaux des champs ont ainsi disparu en 30 ans en France. Les insectes sont aussi de ceux qui rendent des services essentiels dans la nature.

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Le plus connu est la pollinisation comme nous le rappelle Philippe Grandcolas : « il faut savoir que même les plantes autofertiles, comme le colza, gagnent en productivité si elle sont pollinisées. D’autres plantes ne produiront pas de descendance si elles ne sont pas pollinisées par des insectes. La disparition des insectes peut donc également entrainer le plafonnement ou la régression de la pollinisation et d’une partie de la production agricole ». La nature est très résiliente, elle résiste encore à ce déclin. On peut d’ailleurs stopper cette chute. En effet, quand on agit, les populations reviennent. Pourtant à ce rythme, des disparitions massives sont à craindre. En 2019, l’IPBES, l’équivalent du GIEC de la biodiversité, estimait ainsi qu’un million d’espèces animales et végétales sont aujourd’hui menacées d’extinction.

Baptiste Gaborit

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