Quel bilan géopolitique pour la Coupe du monde de Trump ?

Mary Evans/SIPA

La Coupe du monde s’est achevée ce dimanche 19 juillet sur la victoire de l’Espagne face à l’Argentine. Bien plus qu’une compétition sportive, ce Mondial aura été celui de Donald Trump : omniprésent, interventionniste, il a transformé le plus grand événement sportif de la planète en un instrument de la puissance américaine.

 

Cette Coupe du monde a été l’une des plus clivantes depuis celle de 1934 en Italie sous Benito Mussolini, c’est dire ! Non pas parce que la politique aurait soudainement fait irruption dans le football, mais parce que, cette fois, elle a été omniprésente et incarnée par un homme : Donald Trump.

Plus largement, ce mondial aura confirmé le retour de l’État au centre de la géopolitique du sport. Désormais, les acteurs eux-mêmes ne s’en cachent plus. Le football n’est pas apolitique ou neutre, il est sous influence.

Le soft power américain, au sens classique du terme, est mort. Pendant des décennies, les États-Unis ont cherché à séduire le monde par leur culture et leur mode de vie. Donald Trump, lui, ne cherche pas ça. Il veut impressionner, imposer, montrer qui commande. La Coupe du monde est devenue son instrument de puissance.

La Coupe du Monde 2026 a été le symbole de l’ingérence à outrance

Ce Mondial fut le symbole du retour des frontières. L’arbitre somalien Omar Artan, sélectionné par la FIFA, s’est vu refuser l’entrée sur le territoire américain.

Ce Mondial fut aussi le symbole de l’ingérence à outrance. Lorsque l’attaquant américain Folarin Balogun a été suspendu après un carton rouge, Donald Trump a personnellement appelé le président de la FIFA, Gianni Infantino, pour demander un réexamen. Quelques jours plus tard, la suspension était levée.

Politiquement, l’image est désastreuse pour la FIFA. Elle montre que la frontière entre pouvoir politique et pouvoir sportif est devenue poreuse. Le football est sous influence et il ne s’en cache plus.

Ce Mondial est un symbole de l’état du monde. Nous répétons souvent que le monde est devenu multipolaire. Il est aussi fragmenté.

Le football absorbe les fractures du monde

On l’a vu dans les tensions diplomatiques, dans les débats sur les frontières, les visas, l’immigration. Mais aussi dans la violence déversée sur les réseaux sociaux.

L’équipe de France a été par exemple régulièrement ciblée par des attaques racistes, comme celles de l’ancien premier ministre espagnol Mariano Rajoy ou de la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla. Le football ne vit pas en dehors du monde. Au contraire, il en absorbe ses fractures et les amplifie.

Et il y a peut-être un paradoxe encore plus profond. Cette Coupe du monde de Trump devait être, d’une certaine manière, le climax de l’Occident : le plus grand événement sportif de la planète, organisé au cœur de la première puissance mondiale, transformé en gigantesque vitrine de la puissance économique, politique et culturelle des États-Unis.

Mais, sous le feu des critiques, elle a parfois ressemblé à son chant du cygne car derrière cette démonstration de puissance américaine, le monde continue de muter. Les pays émergents se multiplient et le mal nommé « Sud global » pèse davantage.

Le président américain est contesté par les pays du Sud

Pour Trump, le piège de Thucydide n’est jamais très loin. En effet, l’ascension d’une puissance montante face à une puissance dominante rend le conflit inévitable.

Derrière le spectacle de l’America First se dessine aussi la montée de ceux qui la contestent : la Chine en premier lieu. Ce Mondial américain est peut-être, finalement, l’arbre qui cache la forêt de la désoccidentalisation du monde.

Au-delà de la victoire sportive de l’Espagne, le grand vainqueur de cette Coupe du monde est peut-être le modèle américain du sport.

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Pendant cinq semaines, les États-Unis ont transformé le football mondial à leur image. La finale en a été le symbole avec, pour la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde, un véritable show de mi-temps, comme au Super Bowl. Pendant la compétition, les pauses fraicheurs ont également permis d’insérer de la publicité au cœur même des matchs.

Le football n’est pas un sport américain mais il s’est américanisé ce dernier mois

Le mercantilisme de la FIFA combiné à l’ultra-libéralisme trumpien se sont ainsi diffusés jusque dans un sport qui, historiquement, n’est pas américain.

Le football est né en Grande-Bretagne et son cœur économique et culturel bat encore largement en Europe. Pourtant, pendant un mois, il s’est américanisé : davantage de spectacle, davantage de commerce, davantage de politique aussi.

Et dans cette histoire, le Canada et le Mexique, pourtant coorganisateurs, ont presque disparu du récit. La remise de la Coupe hier soir, avec Donald Trump au premier plan, résume finalement tout le tournoi. C’était officiellement le Mondial d’un trio. Dans les faits, c’était celui d’un homme.

Lukas Aubin

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