Donald Trump attaque une nouvelle fois les institutions, et aujourd’hui c’est le tour de la Cour pénale internationale. Le président américain a lancé une opération de démantèlement en l’accusant de radicalisme, ce qui le conduit à contester une fois de plus le droit international qui se trouve au-delà de sa souveraineté américaine.
Un nouveau front vient de s’ouvrir, et il n’est pas militaire, ni économique, mais juridique. Les États-Unis de Donald Trump partent en guerre contre la Cour pénale internationale. Le secrétaire d’État Marco Rubio accuse la Cour d’être devenue « radicale et extrême », et donc de menacer la souveraineté américaine.
Il n’en fallait pas plus pour que l’administration américaine cherche à la démanteler. Et la méthode d’action est pour le moins trumpienne. On tire d’abord et on pose les questions ensuite. Dorénavant, chaque personne ou Etat qui coopérerait avec la CPI pourrait subir des restrictions de visas, des sanctions, voire des menaces.
Washington se conforme ou non selon la situation au droit international
Il faut rappeler que, paradoxalement, les États-Unis ne sont pas membres de la CPI. Ils n’ont jamais ratifié le Statut de Rome. Mais Washington n’aime pas le pluralisme. Il préfère l’unilatéralisme, car, ce qui inquiète Trump, ce sont certains dossiers qui pourraient le toucher directement : l’enquête ouverte sur les Américains en Afghanistan, ou le mandat d’arrêt émis en 2024 contre Benyamin Netanyahou.
Washington accepte très bien la justice internationale quand elle vise ses adversaires. Mais quand elle vise ses intérêts, elle devient soudain une menace existentielle. On passe donc d’un désaccord juridique à une opération de démolition politique.
L’illibéralisme refuse tout ce qui porterait atteinte à la souveraineté du régime
Cela dit quelque chose de très profond du régime de Trump. L’illibéralisme, ce n’est pas seulement attaquer les contre-pouvoirs à l’intérieur comme les juges, les médias, ou les universités. C’est aussi refuser, à l’extérieur, toute limite qui viendrait contraindre l’action du pouvoir. C’est cela l’illibéralisme, cette capacité à se soustraire aux règles quand elles ne conviennent pas.
Dans la vision trumpienne, la souveraineté est absolue. Elle signifie que personne ne peut juger l’Amérique, personne ne peut imposer une norme au-dessus de la décision politique nationale.
Si l’on suit cette vision, le droit international n’est donc plus une règle commune. Il devient une arme, parmi d’autres, utile quand il frappe Poutine, illégitime quand il touche Netanyahou ou un responsable américain.
Les États-Unis ont en grande partie contribué à la construction des institutions post-1945
Et c’est là le point commun avec beaucoup de régimes illibéraux contemporains. La Russie de Poutine, la Chine de Xi Jinping, la Turquie d’Erdogan, tous défendent l’idée que la souveraineté doit protéger le pouvoir contre toute ingérence extérieure. La justice internationale est alors présentée comme une ruse occidentale pour mener la guerre par le droit.
Mais Trump rajoute une couche car il retourne cette rhétorique contre les institutions que les Occidentaux ont eux-mêmes contribué à construire. Quand Moscou refuse la CPI après le mandat d’arrêt contre Poutine, ça n’est pas une surprise. Quand cela vient de Washington, c’est beaucoup plus déstabilisant pour l’ordre international car les États-Unis ont précisément participé à fonder ce monde post-1945.
Le droit international existe encore, mais il est asymétrique
La CPI continue tout de même de travailler. Elle enquête sur l’Ukraine, sur Gaza, sur le Darfour, sur les Philippines. En mars 2025, l’ancien président philippin Rodrigo Duterte a même été arrêté à Manille puis transféré à La Haye pour des accusations de crimes contre l’humanité liées à sa guerre antidrogue. C’est un exemple très concret : quand un État coopère, la CPI peut agir.
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Mais cette justice a une faiblesse structurelle : elle dépend directement des États. Elle n’a pas de police mondiale. Elle peut viser Netanyahou, mais elle dépend de la volonté des États membres de l’arrêter s’il voyage chez eux. C’est donc une justice réelle, mais conditionnelle.
Le danger de l’offensive de Trump, c’est qu’elle donne un argument à tous les dirigeants qui voudraient échapper au droit. Désormais, chacun pourra conclure que l’impunité n’est plus une anomalie, mais une doctrine.
Au fond, la guerre de Trump contre la CPI n’est que l’arbre qui cache la forêt. En réalité, il mène une guerre totale et plurielle contre l’idée même qu’il existe, au-dessus des États, une limite morale et juridique à sa propre violence politique.
Lukas Aubin
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