En plein milieu des funérailles d’Ali Khamenei et au début du sommet d’Ankara, l’Iran a à nouveau frappé trois navires commerciaux, heureusement sans faire de victimes. Le pays revendique son contrôle du détroit d’Ormuz, contre l’avis de Trump qui a décidé, dans la foulée, de viser des cibles iraniennes et a déclaré qu’il déchirait le protocole d’accord conclu le 17 juin. La guerre est-elle en train de reprendre entre les deux pays ?
Les Iraniens ont bien compris que les Etats-Unis ne voulaient pas s’engager dans une guerre longue, décisive et coûteuse. Quand Trump menace de « finir le travail », ils ne le prennent pas au sérieux. Quoi qu’il en soit, ces attaques iraniennes ont été considérées comme inacceptables aussi par les dirigeants européens qui appellent les deux parties à la reprise des négociations.
Au-delà de ces paroles diplomatiques classiques, tous savent que le protocole d’accord contient de nombreuses zones floues et qu’il prendra plus que les 60 jours annoncés pour être concrétisé. Nous pouvons parfaitement rester dans une sorte de zone grise pendant de longs mois, sinon plus. Cela explique aussi la fébrilité des marchés, qui avaient acheté sans doute un peu vite la fin du conflit.
Pour les pays totalitaires, l’idéologie est première
Les régimes totalitaires comme l’Iran et la Russie ne sont pas habités par la même rationalité que la nôtre. Moscou aurait eu intérêt à conclure un accord de paix quand l’Ukraine était encore faible et que les Alliés occidentaux ne percevaient pas encore adéquatement la nature de la menace russe : cela lui aurait permis de se réarmer et de mieux attaquer demain. Elle ne l’a pas fait, d’une certaine manière heureusement, car cela aurait été catastrophique pour l’Ukraine et l’Europe.
Téhéran de son côté aurait, selon notre rationalité, gagné à accepter le protocole d’accord qui lui était incroyablement favorable, lui permettant de continuer à produire ses missiles, à armer ses supplétifs et à bénéficier de la levée des sanctions et de la reprise de sa production gazière et pétrolière.
Pour Poutine et les Siloviki comme pour les durs du régime iranien, l’idéologie est première. Elle les conduit à vouloir aller jusqu’au bout, quitte à perdre.
Il y a une lutte des factions encore intense en Iran
Dans le cas iranien, la lutte des factions est intense. Les plus modérés, comme le président du Parlement, Mohammad Bagher Ghalibaf, et le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araghtchi, sont conspués par la télévision d’État aux mains des ultras. Le président iranien Massoud Pezechkhian paraît marginalisé.
La capacité d’accroître sa puissance militaire, le programme nucléaire, quitte à accepter des concessions qu’elle perçoit comme temporaires, et le contrôle absolu du régime sur sa population sont essentiels à Téhéran. Il faut toujours le rappeler : sous la houlette du chef de l’autorité judiciaire, Gholamhossein Mohseni Ejei, les pendaisons d’opposants se multiplient encore.
Le détroit d’Ormuz reste l’enjeu principal du conflit
Il reste que l’Iran a compris que le détroit d’Ormuz, parallèlement aux frappes sur les pays de la région, était le levier dont il disposait pour percuter l’économie mondiale. Il entend donc imposer ses routes et montrer son pouvoir de contrôle des eaux du détroit.
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Le protocole d’accord était muet sur la question, malgré l’acceptation tacite de Téhéran de ne pas bloquer la navigation pendant la période de négociations. Par la suite, l’Iran veut, en violation de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1982, dite Convention de Montego Bay, imposer des droits de passage déguisés en « frais de service ». Le communiqué du G7 du 17 juin avait jugé cela inacceptable.
Cela serait un précédent fâcheux alors que la Chine considère que le détroit de Taïwan lui appartient, la Russie celui de Kertch et que la Malaisie et l’Indonésie avaient tenté, avant d’y renoncer, d’imposer des frais aux navires transitant par le détroit de Malacca. Le droit international reste la meilleure protection du commerce international. Qu’il s’effondre, et le choc sur l’économie du monde entier sera colossal.
Nicolas Tenzer
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