Alsace : Le confinement des déchets toxiques de Stocamine inquiète habitants et associations

HARTMANN CHRISTIAN/SIPA

Ce 10 mai commencent les travaux de confinements de Stocamine, une ancienne mine incendiée en Alsace. Les déchets toxiques qu’elle contient suscitent l’inquiétude des associations et des riverains et pourraient, s’ils ne sont pas évacués, polluer la nappe phréatique rhénane.

42 000 tonnes de déchets toxiques sont enterrées à 550m de profondeur

Le dossier Stocamine, un site de déchets dangereux situé dans le Haut-Rhin, traine depuis 20 ans au plus haut sommet de l’Etat et empoisonne la vie de toute une région. Des travaux commencent ce 10 mai afin de peut-être clore définitivement ce dossier. Ce sont des travaux de barrage qui débutent, avec du béton qui va être coulé et projeté dans un des blocs de Stocamine. Stocamine est  une ancienne mine de potasse située à Wittelsheim à quelques kilomètres de Mulhouse. Dans laquelle l’Etat a décidé dans les années 90 de stocker des déchets ultimes toxiques. On y trouve 42 000 tonnes de déchets, du cyanure, de l’amiante, et surtout des résidus d’incinération. Le tout est enterré à 550m de profondeur.

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En 2002, l’activité s’arrête après un incendie dans une des galeries souterraines du site. Ce bloc incendié, le bloc 15, sera d’ailleurs remblayé le mois prochain. Raphaël Schellenberger, député LR du Haut-Rhin et auteur d’un rapport parlementaire sur le sujet en 2018, explique les difficultés d’interventions dans ce secteur : « ce bloc est celui qui contient les déchets les plus litigieux et dans lequel personne n’a mis les pieds depuis 2022. Il y a un consensus local pour que toutes les éventuelles actions de déstockage ne concernent pas le bloc incendié car c’est beaucoup trop dangereux ». Ces travaux sont donc nécessaires et devraient se poursuivre jusqu’à l’été prochain. 6 barrages en béton sont prévus, sans compromettre officiellement la possibilité de déstocker les déchets.

 

« On est certain que cette décharge entrainera tôt ou tard une pollution majeure de la nappe phréatique »

Pourtant, selon Yann Flory, porte-parole du collectif d’opposants Déstocamine, les débuts des travaux signent bien le confinement définitif de Stocamine : « cela laisse supposer que si les travaux continuent et si les recours juridiques n’aboutissent pas, on ne pourra plus jamais accéder aux déchets stockés ». En effet, si le gouvernement a décidé l’enfouissement définitif des déchets de Stocamine, beaucoup d’élus locaux et d’associations s’y opposent encore. C’est à la justice de trancher dans un dossier où des dizaines d’expertises, de rapports ont été publiés ces 20 dernières années. Il faut également noter que ces 42 000 tonnes de déchets sont situées à proximité de la nappe phréatique d’Alsace, la plus grande nappe phréatique d’Europe : « l’eau de la nappe phréatique abreuve tous les jours des millions d’habitants du bassin rhénan. On est certain que cette décharge entrainera tôt ou tard une pollution majeure de la nappe phréatique. La moindre des précautions serait donc de régler ce problème en sortant les déchets au plus vite ».

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Yann Flory et de nombreux élus locaux plaident donc pour le déstockage, c’est-à-dire pour une opération permettant d’aller chercher ces déchets dangereux et d’éviter une pollution. Selon le ministère cette opération est trop dangereuse. Pourtant, le député Schellenberger affirme que cela aurait été possible il y a quelques années :« au moment où on a produit notre rapport le déstockage était possible. On avait auditionné des entreprises, et des études démontraient la faisabilité de la poursuite du déstockage. Malheureusement le ministère a joué la montre afin de servir leur plan de confinement ». Par ailleurs, une plainte a été déposée et une enquête est en cours. L’enquête est menée par le pôle régional environnemental du parquet de Strasbourg sur la nature exacte des déchets qui ont été enfouis et qui ont brûlé lors de l’incendie de 2002.

Baptiste Gaborit

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