Assassinat de Samuel Paty : Quels moyens employer contre l’horreur ?

Dans le Parisien-Aujourd’hui en France, Jean-Michel Salvator évoque le poison de l’autocensure et cite l’ouvrage d’un ex-inspecteur de l’éducation nationale, Jean-Pierre Obin et ces professeurs qui n’osent plus parler de la shoah, du conflit israélo-palestinien, des attentats du 11/9. Ici ou là, des cours d’histoires ou de biologie sont contestés, Madame Bovary trop libérée, Voltaire et Rousseau trop subversifs.

 

Alexis Brézet du Figaro parle de « guerre déclarée » 

Il est là le poison : que certaines classes deviennent les nouveaux territoires perdus de la République. Dans le Figaro, l’éditorial de Une est cinq fois plus long que d’habitude, il est signé d’Alexis Brézet directeur des rédactions du Figaro : « allons-nous nous réveiller enfin, et répliquer à la guerre qui nous a été déclarée ? » interroge-t-il et lui aussi fait référence au livre de Jean-Pierre Obin qui pointait les accommodement concédés partout au sein de l’enseignement pour ne pas créer d’incidents face à certains élèves.

 

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Pour Dov Alfon, nouveau directeur franco-israélien de Libération, la reconquête républicaine passe par le travail de renseignement mais surtout par l’école. « Car le grand ennemi de l’islamisme » explique-t-il, « c’est la culture, c’est la transmission du savoir ». Guillaume Goubert dans la Croix ne dit pas autre chose : Il faut opposer la cohésion sociale et la capacité de débattre d’une nation de citoyen à la barbarie qui cherche à nous entraîner dans l’abîme. Médiapart ose le débat entre ceux qui se défient des rodomontades et des « ça suffit » hypocrites et ceux qui défendent haut et fort la laïcité.

 

Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’EHESS estime qu’il faut légitimer le voile individuel contre le voile fondamentaliste

Il faut lire, histoire de penser un peu différemment la tribune de Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’école des Hautes études en sciences sociales. Il explique comment depuis 30 ans la France a transformé la laïcité en religion d’Etat, avec des résultats absolument contreproductifs, causant « l’aliénation de la grande majorité des musulmans pratiquants ou non ». Il explique également comment la France s’est planté sur le voile lui assignant une signification figée. Et il est possible que certains tombent à la renverse quand ils liront ceci : « La bonne politique, disons-le d’emblée, aurait consisté à légitimer le voile individuel contre le voile fondamentaliste. Une grande partie des jeunes femmes qui portent le voile (en fait le foulard) sont d’accord pour souscrire à une version « républicaine » du foulard. Elles reconnaissent l’égalité du genre, rejettent la polygamie, dénoncent les entorses aux droits des femmes, bref, elles auraient pu constituer les « hussardes noires » de la République contre les porteuses du voile fondamentaliste ».

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Des jeunes femmes voilées hussardes noires de la République. C’est écrit par un sociologue d’origine Iranienne, disciple d’Alain Touraine, excellent connaisseur du fondamentalisme religieux et directeur d’étude à l’EHESS. Pour les uns il y a de quoi s’étrangler, pour les autres, ils ne sont pas nombreux, la France doit changer de logiciel dans sa manière d’appliquer la laïcité. Une tribune à laquelle répond celle de Olivier Tonneau, enseignant chercheur à Cambridge. Que dit-il ? Que ceux qui crient immédiatement halte à l’islamophobie après la mort de Samuel Paty sont victime d’un réflexe pavlovien et n’ont aucun recul. Autrement dit qu’ils ne réfléchissent pas.

 

Manifestation en hommage à Samuel Paty : le Daily Telegraph évoque une ressemblance avec celle du 11 janvier 2015

La presse étrangère a également couvert l’attentat. Le Soir de Belgique est un des nombreux médias étrangers à avoir suivi le rassemblement d’hier place de la République. C’était comme des spasmes qui secouaient la foule, de bouleversantes salves d’applaudissements pour Samuel Paty. Le Daily Télégraph évoque une ressemblance avec la manifestation du 11 janvier 2015, et décrit une Nation déjà assommée par des atrocités terroristes. « Comme si la France n’avait pas déjà assez à faire avec l’augmentation du nombre d’infection au coronavirus et une grave crise économique, la terreur est de retour » observe le quotidien allemand Der Standard. Mais au-delà des démonstrations d’unanimité de la droite à l’extrême-gauche observé par le quotidien espagnol ABC, le journal anglais le Sun tient la comptabilité d’un pays impuissant : c’est la 5e attaque islamiste rien que cette année dans le pays.

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Mais c’est le quotidien allemand Die Welt qui pointe de son côté le manque de connaissance des franges extrémistes de la communauté tchétchène par les services secrets français, c’est une faiblesse, et le journal cite le politologue germano-égyptien Asiem El Difraoui pour qui la France est trop concentrée sur l’Etat Islamique et pas assez sur d’autres groupes. Enfin, Der Standard résume aujourd’hui le risque qui pèse sur l’éducation nationale. De nombreux participants à la manifestation d’hier place de la République s’interrogent sur le fameux droit au blasphème « Ne pas publier les caricatures c’est céder aux islamistes. Cependant les Français pondérés se demandent si les caricatures délibérément provocante et irrespectueuses de Mahomet sont le bon moyen de combattre l’islamisme ». Der Standard oublie de nous dire si une caricature non provoquante et respectueuse de Mahomet ou de n’importe qui d’autre serait encore une caricature ?

David Abiker

 

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