Anne-Sophie Mutter : « C’est très dégradant qu’on commente plus nos tenues que nos performances sur scène »

©Harald Hoffmann - Wikimedia Commons

Dans un entretien publié en début de semaine par le grand quotidien espagnol El Pais, Anne-Sophie Mutter a confié ses impressions sur le monde de la musique actuel. Public, critiques, musiciens… sur tous ces sujets, comme à son habitude, la violoniste allemande, a donné son avis sans langue de bois. Des coups de griffes mais aussi des coups de coeur.

« Les femmes musiciennes sont jugées non seulement sur scène mais également en dehors »

Cet été Anne-Sophie Mutter, qui fêtait les 45 ans de ces débuts professionnels, a beaucoup joué en Europe. Fin août alors qu’elle participait à la quinzaine musicale de San Sebastian, où elle a donné un récital (sonates de Beethoven, Mozart et César Franck) accompagnée par le pianiste Lambert Orkis, la violoniste s’est confiée au journal El Pais. Dans cet entretien Anne-Sophie Mutter s’élève contre les commentaires des médias qui s’intéressent souvent, selon ses termes « plus au packaging qu’au contenu artistique. Les femmes musiciennes sont jugées non seulement sur scène mais également en dehors ». « Ça doit être ce que veulent les maisons de disque. Alors que la musique est quelque chose qui doit s’écouter les yeux fermés » se désole-t-elle.

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Interrogée sur les difficultés de conquérir une nouvelle génération de public, Anne-Sophie Mutter estime qu’il faut repenser le concept de musique classique qui est trop intellectualisé alors que « Ce devrait être un câlin qui inclut tout le monde ». Elle propose également de désacraliser les lieux de concerts et se dit prête à redonner des récitals dans des discothèques, comme elle l’a fait en 2015 à Berlin.

Anne-Sophie Mutter a joué cet été pour la 1ère fois avec Martha Argerich, « une déesse ! »

Anne-Sophie Mutter confie également qu’elle souhaite faire évoluer son répertoire « chanter moins de compositeurs hommes et blancs ». Elle cite notamment Joseph Bologne, alias « le chevalier de Saint-George », le compositeur d’origine guadeloupéenne dont elle a interprété des œuvres lors de l’ouverture de la saison à Lucerne et au festival de Pittsburgh en septembre. Dans cet entretien elle dit aussi toute l’admiration qu’elle voue à Martha Argerich avec laquelle elle a joué pour la 1ère fois (César Franck et Serge Prokofiev) à Hambourg en juin dernier à l’occasion du festival qui célébrait les 80 ans de la pianiste argentine. « En l’entendant lors de la première répétition, il m’était presque impossible de jouer, car ce qu’elle faisait était si brillant, si frais, si nouveau, que je ne voulais pas l’interrompre, je voulais juste l’écouter. C’est une déesse ! » confie-t-elle avec émotion.

Philippe Gault

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