Air France recapitalisé à nouveau par l’Etat, sous quelles conditions ?

Quand tout va bien, Air France perd de l’argent ou n’en gagne pas beaucoup. Mais quand tout va mal, notre compagnie aérienne devient une machine à brûler du cash. Et depuis un an, tout va mal à cause du Covid-19. Les frontières internationales restent fermées, les voyages domestiques pratiquement interdits, le trafic aérien en Europe est encore pratiquement à l’arrêt.

Air France-KLM a perdu plus de 7 milliards d’euros en 2020

Il y a bien quelques avions cargo qui volent, il y a bien eu un léger mieux cet été et il y a encore des vols vers les Antilles et la Réunion. Mais Air France fait décoller beaucoup moins d’avions, les vols ne sont souvent pas très remplis et malgré ça, il faut continuer de rembourser les avions et payer une bonne partie du personnel. L’an dernier, le groupe Air France-KLM a quand même perdu plus de 7 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires de 11 milliards. Et pour ne pas faire faillite, la compagnie a besoin que l’Etat actionnaire joue une nouvelle fois son rôle et rapporte quelques milliards de plus.

 

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C’est une forme de concurrence déloyale vis-à-vis des compagnies low-cost comme Ryanair ou Eaysjet qui ne sont pas du tout ou très peu soutenues par les Etats. Mais le transport aérien est un mode de transport indispensable. On pourrait laisser Air France faire faillite, la place serait vite occupée par de nouvelles compagnies quand le trafic repartira, mais ce serait sans doute des compagnies étrangères. Or, Air France, c’est aussi un bout de l’indépendance et de la souveraineté française. C’est une compagnie dont le siège est à Paris. Et d’ailleurs dans presque tous les pays, les Etats ont volé au secours de leur compagnie historique.

 

Air France va devoir baisser ses coûts et les rémunérations des dirigeants vont être encadrées

Pourquoi Bruxelles qui en général est contre les aides d’Etat ne bloque pas davantage ? La situation est exceptionnelle, il faut sauver une multitude d’entreprises dans de nombreux secteurs et de pays. Et on ne sauve pas des entreprises qui ont fait n’importe quoi, mais des victimes de la crise sanitaire. Ensuite, la Commission européenne a fixé des conditions. Air France va devoir baisser ses coûts, les rémunérations des dirigeants vont être encadrées, les aides devront pour une bonne partie être remboursées et en plus Air France doit renoncer à quelques créneaux, les fameux slots, à Orly et Roissy. Il va devoir laisser un peu de place à des concurrents pour qu’ils puissent enrichir leur offre. On ne coupe pas les ailes d’Air France mais ce n’est pas non plus un chèque totalement en blanc.

David Barroux

 


 

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