TRIFONOV Daniil – biographie

(1991- ) Pianiste

Daniil Trifonov a été révélé par les concours de piano Chopin et Tchaïkovsky. La profondeur de son jeu et son incroyable technicité subjuguent public et musiciens. Son envie irrépressible de partager la musique est perceptible à chaque apparition. Le succès n’a pas entamé sa modestie, tandis que son expérience de compositeur ne cesse d’éclairer sa compréhension des œuvres.

Daniil Trifonov en 8 dates :

• 1991 : Naissance à Nijni Novgorod (Russie)
• 1996 : Commence le piano dans sa ville natale
• 2000 : Entre à l’Ecole Gnessine de Moscou
• 2009 : Etudie avec Sergei Babayan au Cleveland Institute of Music
• 2010 : 3ème Prix au Concours Chopin de Varsovie
• 2011 : 1er Prix au Concours Tchaikovsky de Moscou
• 2013 : signe chez Deutsche Grammophon
1er récital au Carnegie Hall, sorti en CD (DG)
• 2018-2019 : intégrale des concertos de Rachmaninov avec l’Orchestre de Philadelphie dirigé par Yannick Nézet-Séguin
Son enregistrement des Etudes de concert de Liszt (« Transcendental ») obtient un Grammy Awards

 

Daniil Trifonov commence le piano dans sa Russie natale, avant de se perfectionner aux Etats-Unis avec Sergei Babayan.

Daniil Trifonov naît en Russie, à Nijni Novgorod, dans une famille de musiciens. Très vite, l’enfant s’essaye au piano à la maison avant de fréquenter l’école de musique de la ville, et donne son premier concert avec orchestre à 8 ans. En 2000, la famille déménage à Moscou pour que Daniil puisse entrer à l’Ecole Gnessine, dans la classe de Tatiana Zelikman. Il y reste jusqu’en 2009, puis part aux Etats-Unis pour étudier au Cleveland Institute of Music avec Sergei Babayan. « Il a toujours eu une très grande capacité de concentration. Il avait une oreille spéciale pour la couleur du son, et pouvait reproduire parfaitement celle que je lui suggérais, » raconte le pédagogue dans le film Magics of Music que Christopher Nupen a consacré à Daniil Trifonov en 2015. « Je crois qu’il a ce succès parce qu’il n’a jamais fait les choses à moitié. Au contraire, il a toujours été plus loin que ce qui était attendu de lui. » En 2017, le jeune homme rendra hommage au professeur, en l’incluant sur son disque « Evocations ».

A lire aussi

 

Sa victoire au Concours Tchaïkovsky le révèle au public et lance sa carrière

Daniil Trifonov se frotte très tôt à la compétition. A 8 ans, il remporte le 1er Prix du Concours des Jeunes Pianistes Artobolevskaya à Moscou. A 12 ans, c’est le concours télévisé pour jeunes musiciens de la ville, et le Prix Franco Abbiati du meilleur soliste instrumental (Italie). A 17 ans, il repart encore avec le 1er Prix au Concours de San Marino (Italie), mais se classe cinquième au Concours Scriabine de Moscou. Ce n’est pourtant qu’en 2010 qu’il commence vraiment à se faire remarquer, en arrivant troisième au Concours Chopin de Varsovie. Nelson Freire, membre du jury, confie son enthousiasme à Valery Gergiev. L’année suivante, le jeune pianiste célèbre sa victoire au Concours Rubinstein de Tel-Aviv, et enfin au Concours Tchaïkovsky de Moscou. Il a 20 ans. Martha Argerich déclare alors au Financial Times : « Il a tout et plus encore. Ce qu’il fait avec ses mains est incroyable techniquement. Et puis il y a son toucher. Il a la tendresse et en même temps l’élément démoniaque. Je n’avais jamais entendu quelque chose comme ça avant ».

A lire aussi

 

Valery Gergiev est lui aussi impressionné et prend le jeune homme sous son aile. « Trifonov, c’est de l’intensité, de l’électricité, de l’imagination. Une grande richesse de jeu, mais sans surcharge, sans virtuosité vaine. En bref, un pouvoir créatif immense, » décrit-il dans Rencontre (Actes Sud, 2018). Et de souligner sa modestie. « Il n’a pas changé [malgré le succès]. Il est resté très exigent avec lui-même. » Daniil Trifonov est vite demandé aux quatre coins du monde. Il enchaîne les résidences (Musikverein de Vienne, Philharmonique de Berlin, Philharmonique de New York…) et continue de collectionner les récompenses (Echo Klassik en 2014, « Artiste de l’année » de Gramophone en 2016, « Musicien de l’année d’Amérique » en 2019…).

 

Son premier disque est pour Chopin, avant que Rachmaninov ne s’impose.

En 2013, il donne son premier récital au Carnegie Hall, dans un programme mêlant Préludes de Chopin, 2ème Sonate de Scriabine et Sonate de Liszt. Ce concert paraît en disque sous le label Deutsche Grammophon, avec lequel il vient de signer, après un premier album Chopin chez Decca. Il aime consacrer ses disques à un seul compositeur – à l’exception « d’Evocations » en 2017, axé sur Chopin, mais qui offre également des pièces d’autres compositeurs que le Polonais a inspiré, comme Grieg ou Schumann – et ne fait pas les choses à moitié. De Rachmaninov, il enregistre toutes ses Variations et ses quatre concertos avec Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre de Philadelphie, ainsi que ses deux trios avec Gidon Kremer et Giedré Dirvanauskaïté. Sur son double album « Transcendental », il présente à la fois les Etudes d’exécution transcendantes, les Etudes de concert, et les Etudes d’après Paganini de Liszt. Sa profondeur de jeu autant que son infaillible technique, lui valent en 2018 un Grammy Award pour ce disque. « Se libérer des notes, c’est d’abord se rapprocher le plus possible du moment de leur apparition sur la feuille, » confie-t-il à Classica en 2017. « Evidemment il faut respecter le texte, mais il est plus essentiel encore de percevoir les raisons de celui-ci, l’émotion et la spiritualité qu’il porte. […] Finalement le répertoire que je présente au public fait écho à ce que je suis. Quand je me consacre à une nouvelle pièce, je le fais sans limite. Je m’en imprègne, elle m’obsède. »
Prokofiev, Scriabine, Tchaïkovsky ou Stravinsky font partie de ses chevaux de bataille. Ce répertoire russe se diversifie néanmoins avec le temps. On l’entend dans Beethoven, Brahms, Schumann, aussi en concerto qu’en récital. Il enregistre La Truite et le Trio Notturno de Schubert en compagnie d’Anne-Sophie Mutter. Beaucoup de Romantiques, donc, même s’il s’aventure aussi chez Debussy, Szymanovsky, ou Bach. Il a gravé L’Art de la fugue sur le disque « The Art of Live » paru en 2021.

« Jésus, que ma joie demeure » de Bach (transcription pour piano de Hess)

Le piano a toujours été de pair avec la composition pour Daniil Trifonov.

A Cleveland, Daniil Trifonov a aussi suivi des cours de composition. La création musicale s’est imposée très tôt, avant-même qu’il ne maîtrise totalement son instrument. Un don hérité de son père compositeur. C’est donc naturellement au Cleveland Institute qu’il crée son concerto pour piano en 2014. Une œuvre postromantique, dans laquelle il reconnaît lui-même l’influence de celui de Scriabine lors d’une interview à l’Orchestre de la Suisse Romande un an avant. « Dès que j’ai une idée musicale, je la garde sur un enregistreur vocal. J’écris à l’étape finale, lorsque la partition s’est élaborée tout entière dans mon esprit, » explique-t-il à Classica. Son Quintetto Concertante est créé en 2018 au Festival de Verbier. Il honore aussi la commande d’un concerto pour violon dédié à Gidon Kremer et au Kremarata Baltica. « Je n’ai pas été surpris d’apprendre qu’il était compositeur, » remarque Valery Gergiev. « Cela lui sert indéniablement à façonner ses interprétations. »

 

Sixtine de Gournay

 

Plus d’artistes interprètes