L’Azerbaïdjan vient d’organiser un congrès « anticolonial » où étaient notamment présents une vingtaine de mouvements indépendantistes venus des territoires ultramarins français. Que cache cette manœuvre de Bakou ?
De prime abord, la séquence peut paraître surréaliste. Le 17 et le 18 juillet dernier, pas moins de deux dizaines de mouvements indépendantistes venus des territoires ultramarins français se sont réunis dans la capitale azerbaidjanaise. La Corse, la Polynésie, la Guadeloupe ou encore la Nouvelle-Calédonie étaient représentées par des groupes politiques indépendantistes.
De manière générale, leurs objectifs sont clairs. Pêle-mêle, il s’agit de faire front commun pour lutter contre le colonialisme français, d’établir une stratégie globale pour obtenir leur indépendance ou encore de combattre le racisme politique en France. Et, après deux jours de discussions, toutes les parties ont signé un texte commun stipulant la création officielle d’un « front international de libération ». C’est déjà le deuxième congrès de ce type organisé par l’Azerbaïdjan, via le groupe d’initiative de Bakou créé il y a un an à l’initiative du président Ilham Aliev, qui le considère selon ses mots comme son propre enfant.
Exploiter les failles de la société française
Un an, c’est aussi la date qui correspond au moment où la France a commencé à être la cible d’une campagne de désinformation venue d’Azerbaïdjan. Le but est clair. Il s’agit ni plus ni moins que de diviser pour mieux régner. À l’instar de la Russie et de sa guerre hybride contre l’Occident, le régime d’Aliev cherche à exploiter les failles de la société française pour mieux diffuser son influence et son narratif.
Cela fait trois décennies maintenant que Bakou reproche à la France d’être une alliée majeure de l’Arménie et des séparatistes dans la région disputée du Haut-Karabakh.
Longtemps, la Russie de Vladimir Poutine faisait le gendarme entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour maintenir le statu quo et conserver son influence sur les deux anciens pays soviétiques.
Or, depuis l’arrivée de Nikol Pachinian au pouvoir en Arménie en 2018 les choses ont changé. Pro européen, Pachinian mène depuis une politique qui consiste à chercher à éloigner Erevan de Moscou. Peu à peu, le régime russe a commencé à lâcher du lest d’un point de vue sécuritaire. Puis, l’invasion russe de l’Ukraine a consacré le revirement du Kremlin sur la question. Le 19 septembre 2023, l’offensive de l’armée azerbaidjanaise avec le soutien de la Turquie a contraint la population arménienne à l’exode du Haut Karabakh, sans que Moscou ne lève le petit doigt. Depuis, la France est résolument engagée aux côtés de l’Arménie et du peuple arménien. Elle considère le blocus de l’enclave comme illégal. Pour Aliev, au pouvoir depuis 2003, cette posture française résonne pratiquement un casus belli.
Un clip montrant une ville de Paris à feu et à sang
Les techniques utilisées par l’Azerbaïdjan pour déstabiliser la France ressemblent beaucoup à la guerre hybride russe menée contre la France. Elles mélangent ingérences, fake news et faux documentaires. À l’été 2023, déjà, une opération de propagande baptisé Olympia avait parcouru les réseaux sociaux. Imaginez. Vous naviguez sur X ou sur Instagram et vous tombez sur une vidéo virale. Le clip est court mais efficace. Des extraits des clips de Paris 2024 se mélangent à des vidéos de violences policières qui présentent la capitale française à feu et à sang.
Puis en, en mai 2023, plusieurs manœuvres informationnelles ont ciblé la Nouvelle-Calédonie pour appeler à la « décolonisation de la région ». Difficile de ne pas voir un lien avec les violences qui s’en sont suivies même si le gouvernement français minimise leur impact. Plus tard, début 2024, le Parlement azerbaïdjanais demandait officiellement la reconnaissance de l’indépendance de la Corse, de la Kanaky, la Nouvelle-Calédonie, et de Maohi Nui, la Polynésie française.
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Enfin, les deux dernières réunions de Bakou ont encore franchi une étape en tentant d’organiser à grande échelle la mise à mal de la structure du territoire français.
Finalement, cette stratégie de la division et de la diffusion de l’influence du régime de Bakou illustre comment les nouvelles formes de déstabilisation peuvent désormais permettre de passer d’un écran d’ordinateur à l’espace public.
Luka Aubin
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