A quelques jours de la visite du Pape à Marseille, David Abiker recevait ce jeudi Samuel Liévin directeur de la rédaction du Pèlerin. Il a évoqué l’enjeu crucial que représente la cité phocéenne pour le souverain pontife, notamment sur le plan géographique, sur fond de vagues migratoires.
Pourquoi le pape vient samedi à Marseille ?
Les Journées de la Méditerranée s’y dérouleront, organisées par le cardinal Jean-Marc Aveline. 70 évêques de tout le bassin méditerranéen vont s’y retrouver, ainsi que des jeunes de tous les pays.
Le pape avait été invité, et il n’y a pas eu besoin d’insister. Marseille l’intéresse, parce que c’est une ville ouverte sur les pays latins, orthodoxes, le Proche-Orient et l’Afrique du Nord musulmane. Cet enjeu de cohabitation intéresse fondamentalement le pape.
« Je ne viens pas en France, je viens à Marseille » a déclaré le pape François, est-ce une simple boutade ?
François pense avant tout en « aires géographiques ». La Méditerranée cristallise ce mouvement migratoire qui s’accentue, avec son lot de tragédies quasi-quotidiennes. Il voit bien qu’il y a une tribune majeure pour pouvoir interpeller l’Europe et l’humanité.
Le pape François va dans des pays auxquels on ne s’attend pas
Pour le pape François, les aires géographiques sont plus importantes que les frontières ?
Oui, c’est vrai. Depuis le début de son pontificat, il parle de « périphérie ». Il a cette sensation que l’Eglise risque d’être autoréférentielle, de se contenter de son centre. Or sa première raison d’être, c’est justement d’être auprès de ceux qui en sont éloignés, auprès des blessés, des opprimés, des plus fragiles.
Il a toujours revendiqué d’aller vers ces pays auxquels on ne s’attend pas. Le dernier en date, c’est la Mongolie, par exemple, dans lequel vivent seulement 1500 chrétiens dans un contexte complètement différent de notre cadre occidental.
L’Europe appelée à ses responsabilités
Depuis 10 jours, il est question de l’accueil – ou pas – des migrants qui traversent la Méditerranée en Europe et qui arrivent à Lampedusa. Peut-on dire que le pape François est servi par l’actualité malgré lui ?
Le pape a ouvert son pontificat il y a 10 ans avec un cri qui a marqué tout le monde, lancé à Lampedusa justement. Il dénonçait ce qu’il appelait la globalisation de l’indifférence, et quelque part son pontificat a vraiment commencé là.
A lire aussi
Aujourd’hui il rappelle à quel point l’Europe est appelée à ses responsabilités. C’est un propos clivant, car on voit bien que les opinions se tendent à l’idée d’accueillir ces migrants, que l’Europe montre des hésitations. Mais le pape n’appelle pas seulement d’accueillir de manière inconditionnelle – il ne peut pas dire autre chose – il insiste aussi sur la nécessité de permettre à ces familles de rester chez elle. Cela ouvre tout le volet de la coopération, et pose la question du développement économique.