Robert Schumann et Clara Wieck : quand Friedrich Wieck diffamait sa propre fille pour briser leur amour

MARY EVANS/SIPA

Robert Schumann et Clara Wieck ont dû surmonter un immense obstacle pour vivre leur histoire d’amour. Friedrich Wieck, père de Clara, professeur de piano hors pair et homme d’une détermination sans bornes, a tout fait pour briser une union qu’il jugeait contraire aux intérêts de sa fille.

 

Robert Schumann a 18 ans quand il commence à prendre des leçons auprès de Friedrich Wieck à Leipzig. Wieck le loge quelque temps chez lui et écrit à la mère de Schumann que son fils possède les qualités d’un virtuose, tout en doutant de sa détermination à s’astreindre à un travail acharné. Il propose une période d’essai de six mois avant de se prononcer définitivement.

Mais l’attention de Wieck est, en réalité, tout entière consacrée à une autre élève : sa propre fille. Clara, dès l’âge de onze ans, manifeste des dispositions extraordinaires pour le piano. Son père se convainc qu’il pourra faire d’elle la première grande prodige féminine, et organise des tournées de concerts à travers toute l’Europe.

C’est dans ce cadre que Schumann et Clara se rapprochent peu à peu. Les lettres qu’ils échangent en témoignent avec éloquence. Schumann lui écrit un jour : « Demain, à 11 heures précises, je jouerai l’adagio des variations de Chopin. Ma prière est que vous fassiez la même chose de votre côté, pour que nos esprits se rencontrent. » Une communion spirituelle par la musique, délicate et romantique, qui scelle entre eux un amour réciproque.

Robert Schumann face à la fureur d’un père

Lorsque Schumann, après avoir rompu ses fiançailles avec Ernestine von Fricken, se présente chez Wieck pour demander la main de Clara — alors âgée de seize ans seulement —, la réaction du père est immédiate et sans appel. Hors de question que ce musicien fantasque, jugé dépourvu de sens commun, épouse sa fille si prometteuse. Wieck lui interdit sa maison et signifie à Clara que l’argent qu’elle a gagné lors de ses tournées sera bloqué jusqu’à sa majorité, lui refusant toute indépendance qui pourrait lui permettre de voler de ses propres ailes. Il la prévient également qu’elle ne recevra pas un sou de lui si elle se marie sans son consentement.

Il y a, dans la volonté du père de voir sa fille devenir une femme pleinement accomplie, quelque chose d’assez beau. Mais cela ne fait évidemment pas les affaires de Robert.

Malgré ces barrières, Robert et Clara continuent d’échanger des lettres et de se retrouver parfois en secret, dans une situation qu’ils vivent comme insoutenable. Schumann supplie Wieck par écrit de revenir sur cette décision paternelle d’un autre âge. En vain.

De fausses lettres calomnieuses signées Clara

L’affaire finit par être portée devant les tribunaux. Wieck use alors de tous les moyens à sa disposition pour retarder la procédure : il refuse de se présenter aux audiences, ce qui permet d’avoir quelques reports.

Mais il va plus loin encore. Il entreprend une véritable campagne de diffamation contre sa propre fille, adressant des lettres calomnieuses à tout le monde et allant jusqu’à contrefaire la signature de Clara pour tenter d’influencer les juges en sa faveur. Lors des tournées de la jeune femme à l’étranger, il fait également courir le bruit que le couple a rompu.

Cette stratégie implacable se retournera pourtant contre lui.

Le jugement et le mariage entre Robert et Clara Schumann

Le 4 janvier 1840, les tribunaux lèvent toutes les objections de Wieck, à l’exception d’une seule : le penchant excessif de Schumann pour la boisson — reproche dont on peut légitimement se demander s’il n’était pas lui-même la conséquence des épreuves traversées.

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Le jugement tranche en faveur des deux amoureux. Robert Schumann et Clara Wieck se marient à Schönefeld, près de Leipzig, le 12 septembre 1840. Le lendemain est précisément la date légale de la majorité de Clara : elle aurait de toute façon été libre d’épouser qui elle souhaitait.

Extrait du film A song of love (Passion immortelle), sorti en 1947, avec Katharine Hepburn dans le rôle de Clara Schumann

 

Toute cette longue bataille judiciaire — quatre ans de procédure — n’aura peut-être servi qu’à consacrer, aux yeux du monde, la force d’un amour que rien n’aura pu briser. Clara et son père finiront d’ailleurs par se réconcilier, et les relations entre Wieck et Schumann s’apaiseront avec le temps.

Franck Ferrand

 

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