Connaissez-vous le motet Misericordias Domini K.222 de Wolfgang Amadeus Mozart ? Mais si, vous savez : cette œuvre de jeunesse où l’on peut entendre l’ode à la joie ! Un air qui sera pourtant attribué bien des années après à un certain Ludwig van Beethoven avec sa célèbre Symphonie n° 9. Hommage ? Reprise ? Plagiat ? On vous laisse juger !
Lorsque Beethoven entreprend l’écriture du dernier mouvement de sa neuvième symphonie en 1823, il a pour ambition d’adapter l’un de ses livres de chevet, le poème éponyme de Friedrich von Schiller, publié en 1786. Un hymne dédié à la liberté que Beethoven met ici au service de la musique et de la création.
Quant au fameux air qui l’accompagne le musicographe Victor Wilder nous apprend que c’est un thème « qui était trouvé depuis longtemps ». Un thème qui apparait sous la forme d’une première ébauche en 1794 lorsqu’il compose une cantate profane, Soupir du mal-aimé – Amour réciproque et qui sera ensuite repris et développé dans le Finale de sa Fantaisie chorale op. 80 qu’il composera en 1808 :
Soupir du mal-aimé – Amour réciproque (1794)
Fantaisie chorale op. 80 (1808) :
Le fruit d’une longue recherche esthétique qui arrivera à maturité avec la Symphonie n° 9 : « Plus tard il y revient encore, et peu à peu se forme et se cristallise en sa pensée, la plus vaste et pour ainsi dire la plus générale de ses mélodies. Un finale tout entier – et quel finale ! – en est issu. Seule elle le contient, le supporte et le développe. Son identité mélodique persiste sous toutes les variations instrumentales de l’immense polyphonie. » écrit Camille Bellaigue dans Beethoven et ses neuf symphonies.
Ode à la joie, Symphonie n° 9 (1823)
Pourtant, un motif similaire peut être entendu bien des années avant que Beethoven ne se mette à la composition. Un motet – ou plus précisément un offertoire – que Mozart aurait composé en 1775, le Misericordias Domini
Un motif issu d’un chant populaire ?
Cette œuvre, destinée à être jouée dans un cadre d’écoute restreint, comporte, en effet, un motif mélodique qui fait songer, à s’y méprendre, au fameux air de Beethoven ! Ecoutez plutôt :
Misericordias Domini K.222 (1775) :
S’agit-il d’un motif issu d’un chant populaire ? D’un choral d’église qui se serait transmis de génération en génération et dont aurait eu vent Beethoven ? Rien ne permet de l’affirmer.
A lire aussi
Si Beethoven pouvait emprunter des formes musicales à ses maîtres à penser, Bach, Haydn ou Mozart, et que les emprunts et reprises de motifs étaient récurrents dans le grand répertoire – du moins quand il n’y avait pas encore la notion de “droits d’auteur” – il serait peu probable que Beethoven ait repris un tel motif sans en avoir spécifié la provenance.
Clément Serrano
Pour en savoir plus sur Beethoven