Si la surdité profonde du compositeur est encore aujourd’hui sujet à caution, il ne fait aucun doute que Beethoven souffrait d’une perte progressive de l’audition et d’acouphènes avant même ses 30 ans. Ce qui n’a pas empêché notre génie Bonnois d’avoir recours, outre au cornet acoustique, à un système d’écoute qui lui aurait permis de garder une oreille sur ses compositions.
En 1884, le journaliste Alexis Clerc rapporte dans son ouvrage de vulgarisation scientifique, Hygiène et Médecine des deux sexes, l’anecdote suivante : « Devenu vieux et n’entendant plus son piano, le compositeur viennois armait ses dents d’une règle de sapin, appuyée d’une part sur l’instrument, et grâce à cette précaution, il ne perdait pas la queue d’une quadruple croche. ».
Beethoven aurait-il mis au point une fabuleuse invention pour compenser sa surdité grandissante ? La réponse est non. Il s’agit en réalité d’un phénomène connu depuis la Renaissance : l’ostéophonie.
L’invention d’un maître de musique basée sur la vibration
Attribuée à un inventeur touche-à-tout un peu fou, Gerolamo Cardano dit « Jérôme Cardan », l’ostéophonie consiste à faire parvenir jusqu’à l’oreille interne un son via les os de la mâchoire. Il suffit pour cela, de placer entre les dents une tige qu’il faut faire vibrer pour tenir compte de ce phénomène.
C’est ainsi que cette découverte donna lieu à de nombreuses inventions dont celle, en 1800, d’un « maître de musique de Paris », Monsieur Vidron. Ce dernier aurait réussi à faire entendre à des personnes atteintes d’un certain type de surdité de la musique : « Son procédé consiste à mettre en communication, avec la table de l’instrument, une verge d’acier que le Sourd tient entre ses dents. » peut-on lire dans le Dictionnaire des inventions et découvertes de Nicolas Boquillon. Une invention qui aura des résultats mitigés mais qui sera repris et perfectionné quelques années plus tard par le fameux médecin de l’« enfant sauvage », Jean Itard.
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Que Beethoven ait pu pratiquer l’ostéophonie ne fait donc guère l’ombre d’un doute. Que ce procédé lui ait permis de jouir d’une pleine écoute, la réponse est moins évidente. Ce qui n’a pas empêché notre cher compositeur d’avoir su imposer un style musical bien à lui, qui, selon l’écrivain Wilhelm von Lenz, ne « reproduisait plus l’humanité, le monde, tels qu’ils sont, mais tels qu’il voulait qu’ils fussent, ou qu’il les supposait être ».
Clément Serrano
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