Le mythe du roi caché : Sébastien Ier de Portugal, le souverain qui s’est volatilisé au cours d’une bataille

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Ce roi mystique, fasciné par les conquêtes et qui voulait bouleverser l’histoire du monde, a disparu en 1578 sur un champ de bataille. Il est réapparu plus tard aux yeux de ses partisans. A-t-il vécu caché pendant toutes ces années ?

Sébastien Ier de Portugal est un jeune homme séduisant, athlétique, qui malgré un fort tempérament suscite l’admiration de son peuple. On lui a prêté très tôt et très vite – peut-être un peu trop vite – des vertus héroïques dès les premiers temps de son règne. Son rêve est de devenir une sorte de chevalier de Dieu. Il a 20 ans lorsqu’il tente son premier débarquement sur les côtes marocaines. C’est un échec.

Quelques années plus tard, à l’été 1578, les aléas de la politique marocaine vont lui offrir un prétexte inespéré pour agir. Mais il n’a pas l’expérience requise et les combats se révèlent d’une violence inouïe. Le champ de bataille n’est bientôt plus qu’un amas de corps ensanglantés. Le roi est introuvable. On cherche en vain son drapeau, son emblème, sa cuirasse. Personne n’est capable de dire qu’il a vu tomber Sébastien. C’est la naissance du mystère le plus troublant de l’histoire du Portugal.

Une disparition entourée de zones d’ombres

Deux ans plus tard, le roi d’Espagne Philippe II, fils de Charles Quint s’empare de la couronne portugaise. C’en est fini de l’indépendance du royaume et des milliers de Portugais vont vivre, plus que jamais, dans l’attente du retour de ce roi caché. Dans ce contexte, un obscur cordonnier répand des prophéties messianiques qui connaissent un succès immense. Il faut dire que sa disparition est entourée de zones d’ombres.

Personne n’a vu mourir Sébastien. Il y a bien ce cadavre amoché à la barbe rousse et à la peau diaphane, rapatrié à Lisbonne. Mais le visage était tellement méconnaissable et l’état du cadavre si décomposé que le doute reste permis. Il y a aussi cette histoire étonnante : au soir de la débâcle, quatre cavaliers se seraient présentés aux portes de la citadelle maritime d’Assilah pour y embarquer dans le plus grand secret. Parmi eux se serait trouvé un homme au visage masqué. Sébastien cherchant à regagner sa terre natale à l’insu de tous ? On raconte aussi que quelques mois après la défaite, un célèbre médecin lisboète aurait été emmené dans une cabane au nord du pays pour y soigner un mystérieux blessé, lui aussi masqué. Enfin selon une autre légende, le roi Sébastien se serait imposé sept années d’ascétisme pour se punir d’avoir mené ses hommes à la mort.

Une peau mate et des cheveux sombres qui tranchent avec la blondeur du roi disparu

En 1584, un jeune ermite plutôt séduisant, tout à fait doué pour les arts, commence à faire parler de lui, d’abord dans les montagnes où il vit en solitaire à Albuquerque. Il se présente comme un rescapé de la débâcle marocaine. Sans crier sur les toits qu’il est le roi disparu, il le laisse entendre autour de lui et s’installe bientôt dans le petit bourg de Penamacor, où il est rejoint par deux acolytes, dont un qu’il présente comme étant Christophe de Tavora, un compagnon de Sébastien. Ses partisans se réunissent.

Malgré la peau mate de ce garçon, sa chevelure sombre qui tranche avec la blondeur du roi disparu, on se met à croire qu’il pourrait être en effet Don Sébastien. Le gouvernement à Lisbonne est alerté. Les investigations sont rapides. Il se révèle que ce garçon est le fils d’un potier, ancien vendeur de chapelet à Lisbonne. L’imposture lui vaut d’être condamné aux galères. Une sanction extrêmement sévère qui devrait décourager tous les autres prétendants. Mais il n’en est rien.

Arrêté, torturé, exécuté

Peu de temps après, un homme de l’âge du roi disparu, bien plus ressemblant d’ailleurs que le vendeur de chapelet, attire l’attention. C’est un ermite particulièrement dévot, qui vit au bord de la mer à Ericeira. On l’entend se lamenter sur le sort du pays, dire à quel point il se sent responsable de tout ce déclin. Il trouve un soutien populaire assez fervent, et va même recruter une armée d’un millier d’hommes. Il l’installe autour de lui une espèce de petite cour. Brutalement, en 1585, le pouvoir intervient de manière armée. L’imposteur est démasqué. Ce fils de maçon est torturé puis pendu, toujours histoire de décourager les prétendants.

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Cela n’empêche pas un troisième homme, un pâtissier cette fois, de semer le doute à son tour. Lui aussi est arrêté, torturé, exécuté. Bien plus tard, un jour de 1598 à Venise, un homme s’engouffre dans une auberge d’un quartier mal famé. Il est épuisé et sans le sou. Quand on lui demande son identité, il explique qu’il est le roi Sébastien de Portugal. Un ancien domestique est dépêché sur place et tombe littéralement à genoux devant devant ce mystérieux voyageur. « Oui », dit-il, « oui, oui, c’est bien lui, c’est le roi disparu ». Et cette fois, on peut se poser la question : et si, après tout, c’était vrai ?

 

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