Antonio Vivaldi : Le maestro di violoni de la Venise baroque fit ses armes dans un hospice d’orphelines

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Au XVIIIe siècle, Venise, la capitale du plaisir, rayonne dans l’Europe des Lumières par la richesse et l’élégance de son art de vivre. L’élite européenne se presse alors pour venir écouter les jeunes filles orphelines recueillies dans les quatre hospices musicaux, parmi lesquels, Santa Maria della Pietà, où officie le maître du violon, Antonio Vivaldi.

Si Venise est avant tout dans l’esprit du visiteur contemporain une très belle ville de la province italienne, il convient de ne pas oublier que la sérénissime république a été des siècles durant l’une des grandes puissances méditerranéennes au moins jusqu’à la fin du XVIe siècle.

Le XVIIIe siècle cependant est un peu moins glorieux pour Venise, qui voit la chute de cet empire millénaire et de ce peuple jadis connu dans le monde entier pour l’habileté de ses marins, pour la hardiesse de ses marchands et aventuriers et qui aurait alors plutôt tendance à briller par les prouesses de ses filous, de ses intrigants, de ses joueurs et de ses entremetteurs.

Venise est au XVIIIe siècle la capitale européenne du plaisir

Toutefois, par la grâce d’un gouvernement avisé et de nombreux succès diplomatiques qui se sont enchaînés, la paix a succédé aux conflits. Or, en l’absence de guerre, l’économie est florissante. Venise en tant que capitale compte quelque 160.000 âmes au XVIIIe siècle, qui se sont toutes converties élégamment à l’art de vivre de cette capitale européenne du plaisir.

Casanova, dans ses mémoires, écrivait d’ailleurs : « Je suis sorti pour aller à mes affaires, c’est-à-dire à mes plaisirs. » Venise est alors une ville où le carnaval dure au moins trois mois par an. Chaque année, l’Europe des Lumières tout entière se précipite à cet événement festif. Ainsi, le pape Grégoire XIII, ulcéré par l’immoralité vénitienne, se serait écrié : « Je suis pape partout, sauf à Venise. »

En dépit de la perte de son empire méditerranéen et de son monopole commercial avec l’Extrême-Orient, la cité des Doges conserve tous ses attraits. Le style rococo s’y exprime dans tous les domaines : la peinture, les arts décoratifs, la mode, les gondoles et, bien évidemment, la musique.

Antonio Vivaldi dirige l’orchestre et le chœur des jeunes orphelines de Santa Maria della Pietà

Venise dispose de la plus importante école d’opéra, la première dans l’ordre chronologique, celle de Claudio Monteverdi, qui a ensuite été prolongée par Cavalli. La cité des Doges compte par ailleurs quatre séminaires musicaux, qui sont des hospices pour les jeunes filles abandonnées : Santa Maria della Pietà, San Lazaro dei Mendicanti, les Incurabili et les Poveri Derelitti. Ces ospedali

Charles de Brosses écrit en 1739 : « Les meilleurs endroits pour écouter de la musique dans cette ville sont les ospedali. Il y en a quatre, tous composés de filles bâtardes ou orphelines, et de celles que leurs parents ne sont pas en état d’élever. Elles sont élevées aux dépens de l’État, et on les exerce uniquement à exceller dans la musique. Aussi chantent-elles comme des anges, et jouent du violon, de la flûte, de l’orgue, du hautbois, du violoncelle, du basson ; bref, il n’y a si gros instruments qui puissent leur faire peur. Elles sont cloîtrées en façon de religieuses. »

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Dans une autre lettre du président de Brosses, est encore faite mention de ces ospedali : « Celui des quatre ospedali où je vais le plus souvent, et où je m’amuse le mieux, est l’hospice de la Piété ; c’est aussi le premier pour qui recherche la perfection de l’art symphonique. Quelle raideur d’exécution ! C’est là seulement qu’on entend ce premier coup d’archet aussi clair et immaculé que celui si faussement vanté à l’orchestre de l’opéra de Paris. » Charles de Brosses ne tarde pas alors à faire la connaissance du maestro di violino à la chevelure blond vénitien, celui qui porte le surnom de « Pretre Rosso » : Antonio Vivaldi.

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