Qui se cachait sous le chapeau Stetson, derrière les lunettes noires de Jean-Pierre Melville ? Une sorte d’écorché vif, en quête de perfection.
En 1961, Jean-Pierre Melville va faire tourner deux étoiles montantes du cinéma français, Emmanuelle Riva et Jean-Paul Belmondo. Le film a pour cadre la période de l’Occupation. Léon Morin, prêtre raconte l’histoire d’une jeune veuve de guerre qui rencontre un écclesiastique. Le long-métrage est récompensé à la Mostra de Venise, et c’est pour le cinéaste son premier succès au box-office, il a alors 44 ans.
Il fait tourner de nouveau Jean-Paul Belmondo, dans un rôle de gangster cette fois : c’est Le Doulos, aux côtés de Serge Reggiani, un hommage à ces films noirs américains qui ont imprégné Melville. D’ailleurs, il adopte lui-même la panoplie des truands, telle qu’on peut la voir dans les productions hollywoodiennes, avec chapeau Stetson à large bord, imperméable, lunettes noires. Le cigare à la bouche, il roule dans Paris en Cadillac. Il s’est américanisé.
« T’as l’air de quoi ? D’un gros crapaud »
En 1963, il prépare un nouveau film avec Belmondo, L’Aîné des Ferchaux. L’acteur incarne un jeune homme qui doit renoncer à sa carrière de boxeur et se fait engager comme secrétaire et garde du corps d’un vieux banquier joué par Charles Vanel. Ce fameux Ferchaux est en train de quitter la France pour fuir la justice.
Mais ça se passe très mal. Le tournage est terrible. Il faut dire que Charles Vanel, à l’époque, est un acteur en fin de carrière et Melville ne l’a choisi que par défaut. Le réalisateur n’est pas du tout agréable avec lui. Et cela a fini par exaspérer Belmondo.
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Il faut imaginer le comédien qui s’approche de Melville, lui arrache ses lunettes de soleil, fait valser son chapeau et lui dit « alors, sans tes lunettes et ton sombrero, t’as l’air de quoi maintenant ? D’un gros crapaud ». Jean-Paul Belmondo quitte le plateau avec Charles Vanel et ils ne reviendront pas. Melville devra finir son film sans les acteurs principaux.
Ecoutez cet épisode de Franck Ferrand Raconte consacré à Jean-Pierre Melville :
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