Méditerranée : Un nouveau carburant imposé aux bateaux à partir de 2025

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Les négociations duraient depuis plus de 5 ans, et elles ont abouti en fin de semaine dernière. Les pays méditerranéens se sont enfin mis d’accord pour une zone à faible émission en Méditerranée pour les navires. Ils devront à partir de 2025 utiliser un nouveau carburant, moins polluant.

« Les oxydes de soufre sont des polluants précurseurs à la formation des particules fines, néfastes pour la santé »

La Méditerranée sera classée désormais en zone SECA, obligeant tous les bateaux, depuis Gibraltar jusqu’à la zone d’attente du canal de Suez, à utiliser un carburant dont la teneur en soufre sera limitée à 0.1%, contre 0.5% aujourd’hui. C’était une demande des ONG, notamment de France Nature Environnement. Elodie Martinie-Cousty est la pilote du réseau océan, mer et littoraux de l’association, elle salue « une très bonne nouvelle pour la Méditerranée ». Elle pointe aussi le bénéfice pour les personnes habitant près des ports, touchés par la pollution aux particules ultra fines. « En Europe, autour des ports, on compte 60 000 morts prématurés par an à cause de la pollution lié au transport maritime » conclut-elle.

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Les oxydes de soufre sont un polluant bien connu des riverains des grands ports méditerranéens, comme à Marseille. C’est un polluant nocif pour la santé et pour les écosystèmes. Avec cette mesure, la concentration de dioxyde de soufre devrait baisser de 15 à 20%. Laurence Rouil est la directrice de la stratégie et de la politique scientifique à l’Ineris, l’institut national de l’environnement industriel et des risques, qui avait publié une étude en 2019 sur les bénéfices environnementaux d’une zone à faible émissions en Méditerranée : « les oxydes de soufre sont des polluants précurseurs à la formation des particules fines, néfastes pour la santé. Le bénéfice n’est pas négligeable du tout ».

 

L’électrification progressive des quais, comme à Toulon, Nice ou Marseille permettra encore de réduire ces émissions de soufre

En 2019, alors que les navires pouvaient encore utiliser un carburant avec une teneur en soufre à 1.5%, l’ONG Transport et environnement estimait que les 47 paquebots du leader mondial des croisières, Carnival, avaient rejeté en 2017, sur les côtes européennes, 10 fois plus d’oxyde de soufre que la totalité du parc automobile européen. Pour les armateurs français, cette SECA en Méditerranée est aussi une bonne nouvelle, avec une règle du jeu qui est la même pour tous. C’est ce qu’ils demandaient. Pierre Mattei, président de Corsica Ferries, explique que dans les ports, son groupe affiche déjà une teneur en soufre à 0.1% dans les escales longues, et que c’est aussi le cas pour les escales courtes à Nice et Toulon.

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Il souligne aussi que l’électrification progressive des quais, comme à Toulon, Nice ou Marseille permettra encore de réduire ces émissions de soufre. Mais pour limiter encore plus la pollution des navires, il va falloir agir aussi sur les émissions d’oxydes d’azote, un autre polluant très important. L’INERIS dans son étude avait estimé les bénéfices d’une zone à faible émission sur le soufre et l’azote en termes d’impact sanitaires : « ils pouvaient être 3 fois plus élevés que les coûts des mesures », signale Laurence Rouil. L’accord trouvé entre les pays méditerranéens doit être confirmé l’an prochain par l’OMI, l’organisation maritime internationale, avant une entrée en vigueur le 1er janvier 2025.

Baptiste Gaborit

 

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