Comment les changements en cours – réchauffement climatique, pollutions diverses ou encore destruction de l’habitat – modifient la vie des micro-organismes et donc des écosystèmes ? Ces changements sont-ils à l’origine des nombreuses épidémies observées dans la faune sauvage ces dernières années ? Une équipe de chercheurs français travaillent depuis plusieurs années sur ce que l’on appelle les biofilms.
Les biofilms se retrouvent aussi chez les humains
Les biofilms sont aujourd’hui la forme de vie la plus abondante sur Terre, ce sont des communautés de micro-organismes qui vivent dans un gel, une muqueuse et que l’on trouve partout dans l’environnement. Ils sont en fait la peau de tous les écosystèmes. Hugo Sentenac, chercheur au laboratoire d’écologie fonctionnelle et environnement à Toulouse INP, spécialiste de la santé de la faune sauvage, explique que ces biofilms permettent d’être « plus résistants face aux agressions externes, mais aussi plus productifs et organisés ». Il les compare même à des « forteresses de micro-organismes ».
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Ces biofilms se retrouvent aussi chez les humains, partout donc, y compris dans les lacs de montagne dans les Pyrénées. C’est dans cet environnement que travaillent Hugo Sentenac et ses collègues. Le rôle de ces biofilms dans les lacs de montagne est très important : « ils forment la base de la chaîne alimentaire, et participent aussi à la détoxification de l’eau ». Ils étudient l’impact des changements en cours : hausse de la température de l’eau, pollutions aux pesticides par exemple, hausse des nutriments liés à l’élevage, et donc augmentation des algues dans ces lacs de montagne, impact du tourisme, avec des conséquences sur les biofilms des lacs.
Il y a une pandémie en ce moment chez les amphibiens (grenouilles, salamandres, crapauds) qui les décime dans le monde entier
Et « a priori il y a bien un impact », souligne Hugo Sentenac, lié à la pollution chimique, nutritive (due aux polluants agricoles). L’eau des lacs de montagne va devenir plus verte, plus riche en algues, ce qui modifie le biofilm. Les biofilms sont dégradés, dans ces conditions jouent-ils encore leur rôle de forteresse, notamment face aux attaques de pathogènes ? Sont-ils moins résistants aux maladies ? Il y a par exemple une pandémie en ce moment chez les amphibiens (grenouilles, salamandres, crapauds) qui les décime dans le monde entier. En Amérique du Nord et du Sud, en Australie, les scientifiques ont constaté « des déclins de masse de centaines d’espèces avec 90 extinctions répertoriées », un phénomène n’ayant pas d’équivalent chez les vertébrés et qui pourrait être lié à la dégradation des biofilms. D’autres chercheurs français avaient publié il y a 3 ans une autre étude dans laquelle ils prouvaient que la hausse des températures cette fois-ci jouait sur la flore microbienne des lézards. 34% de bactéries en moins dans un climat plus chaud de 2 degrés, et donc une plus faible espérance de vie.
Baptiste Gaborit