Climat : Planter massivement des forêts en France, une solution controversée pour stocker le carbone

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Ce mercredi 8 décembre est célébrée la journée mondiale du climat. Il y a urgence à réduire nos émissions de gaz à effet de serre mais aussi à stocker plus de carbone. C’est pour cela que des scientifiques proposent de planter massivement des nouvelles forêts y compris en France.

« La productivité des forêts européennes est en train de stagner en raison des changements climatiques et des insectes ravageurs »

Les arbres captent le carbone grâce à la photosynthèse. Ils le stockent ensuite dans les troncs, les racines et dans le sol. Plus d’arbres, c’est donc plus de carbone capté. Vu l’urgence, il faut augmenter les surfaces boisées. Une option logique et raisonnable selon Hervé Jactel directeur de recherche à l’INRAE ( l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement ), spécialiste en écologie forestière : « la productivité des forêts européennes est en train de stagner en raison des changements climatiques et des insectes ravageurs. On ne va pas pouvoir se contenter des forêts actuelles. Il faut évidemment les protéger mais il faut également augmenter leur productivité et leur surface pour contribuer davantage au stockage du carbone ».

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Ces plantations pour le climat, comme les appellent Hervé Jactel et d’autres chercheurs en écologie forestière, doivent néanmoins respecter plusieurs conditions. D’abord sur les lieux d’implantation qui ne doivent pas être dans des zones à fort intérêt écologique comme les prairies ou les landes. Il faut faire ces nouvelles forêts sur des friches industrielles, des terres agricoles abandonnées ou dans des villes. Et puis il faut des forêts plurispécifiques c’est-à-dire avec un mélange d’espèces : « si on veut stocker du carbone il faut des forêts qui soient efficaces et résistantes aux aléas climatiques. Pour cela, le mélange d’espèces nous semble être une situation efficace à court terme. On n’a pas encore trouvé d’essence miracle qui capte à elle seule, du carbone. Ce que montrent les scientifiques c’est qu’un mélange entre des conifères et des feuillus doit être adapté localement pour mieux résister aux incendies et aux insectes ravageurs » confie Hervé Jactel.

« En France métropolitaine il y a une augmentation naturelle de la forêt de l’ordre de 80 000 hectares par an »

L’idée de plantations pour le climat ne convainc pas tous les spécialistes comme Thierry Gauquelin, chercheur à l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie : « des plantations ce ne sont pas des forêts. De toute évidence elles ne rendront pas des services écosystémiques comme les forêts qui possèdent une multitude d’espèces. Dans certains cas, ces plantations s’apparentent plus à un champs de maïs qu’à une véritable forêt ». Des plantations pour le climat pourquoi pas mais surtout pas n’importe comment. Attention par exemple aux espèces exotiques, dont on connaît peu le comportement et qui pourraient devenir invasives.

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Au lieu d’investir sur de nouvelles forêts, pourquoi ne pas se concentrer sur les forêts existantes ou en développement ? Ce n’est pas ce qui manque en France selon Thierry Gauquelin : « en France métropolitaine il y a une augmentation naturelle de la forêt qui est impressionnante et de l’ordre de 80 000 hectares par an. La nature reprend ses droits, la nature se reconstitue et cela n’est pas lié aux plantations mais à l’abandon des lieux. Ne pourrait-on pas s’occuper de ces forêts en plein développement, plutôt que de rajouter des plantations ? ». Il y a un an, le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie avait annoncé un plan de reboisement de 50 millions d’arbres en France. La France en compterait aujourd’hui environ 10 milliards.

Baptiste Gaborit 

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