Natacha Valla, doyenne de l’Ecole du management et de l’innovation de Sciences Po est à la tête d’une nouvelle chronique sur Radio Classique, Les Classiques de l’économie, du lundi au vendredi à 6h20. Elle évoquait ce mercredi la mesure du chômage, aujourd’hui plutôt bas en France, à 7,2% de la population active.
On définit formellement le chômage pour apprécier le fonctionnement du marché du travail et comprendre comment s’insère la population dans l’emploi. Cela donne une idée de la santé de la population française. Le chômage se mesure aujourd’hui de façon très standardisée. L’Insee, notre institut de statistiques, utilise la définition du Bureau International du Travail.
Une personne de plus de 15 ans est considérée au chômage si elle remplit 3 critères simultanément. Le premier, c’est d’être sans emploi au cours d’une semaine donnée. Deuxièmement, il faut avoir effectué au cours du mois précédent au moins une démarche active de recherche d’emploi. Le troisième critère est d’être disponible dans les 2 semaines qui viennent si on vous fait une offre d’emploi.
Le Bureau International du Travail met de côté certains types de chômages
C’est très précis, mais il y a des limites à cette définition du Bureau International du Travail. Le chômage est un sujet tellement sensible qu’avec ces critères quantitatifs, on passe à côté de plusieurs choses. Il y a plusieurs types de chômages : on peut être chômeur parce qu’on a eu un accident de la vie. On peut être chômeur parce que la conjoncture est mauvaise. Il peut y avoir un problème dans l’économie très fondamental, donc un chômage dit structurel. Et puis il existe un chômage frictionnel, lié aux changements technologiques.
L’âge aussi est un critère important : un jeune chômeur, ce n’est pas la même chose qu’un chômeur plus âgé, ça ne demande pas les mêmes réactions en termes de politique économique. Il y a aussi toute une population qui est autour du chômage mais qui est pas considérée comme chômeuse. C’est ce qu’on appelle le chômage d’exclusion.
On a développé l’idée du halo autour du chômage : des individus qui aimeraient bien être dans l’emploi, mais qui ne cochent pas les 3 cases du Bureau International du Travail. Ces gens ne sont pas comptabilisés et on les quantifie de façon très différente en fonction des pays.
Il faut élargir la définition du chômage en France
Il y a beaucoup de travaux aujourd’hui pour développer des indicateurs, pour comprendre ce que c’est qu’un emploi. Ce n’est pas la même chose d’être en CDI ou en CDD, auto-entrepreneur ou entrepreneur dans des conditions juridiquement formellement différentes. Tout cela génère des différences absolument essentielles sur la précarité du statut du travail.
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Il faut élargir cette définition du chômage : garder la définition centrale qui nous permet de nous comparer les uns aux autres. Mais plus on enrichit notre perception et notre compréhension de la réalité du marché du travail, plus on sera apte à comprendre les dynamiques de productivité et les dynamiques de bien-être associées au travail.
Natacha Valla