Les producteurs de foie gras dépriment au sortir de la crise de la grippe aviaire

Mourad ALLILI/SIPA

Le niveau de risque de grippe aviaire a été abaissé à négligeable sur l’ensemble du territoire français. C’est une bonne nouvelle pour les éleveurs qui vont pouvoir laisser sortir les oies et les canards notamment dans le sud-ouest de la France. Un canard vit à 90 % en extérieur dans les exploitations.

La crise dure depuis presque trois ans et a parfois nécessité d’éradiquer des élevages entiers, avec un effet sur la production de foie gras. L’an dernier, la France en a produit près de 9.500 tonnes, 18 % de plus qu’en 2022n mais presque deux fois moins que le record atteint en 2015.

La filière vient de traverser une crise historique. Elle espère bien que la politique de vaccination des élevages contre la grippe aviaire, démarrée en octobre dernier, permettra d’éviter de nouveaux drames dans les élevages. Si la vaccination est devenue obligatoire pour les 64 millions de canards français, elle ne supprimera pas complétement les risques d’infection. La facture sera aussi sévère : 100 millions d’euros, prise en charge par l’Etat à hauteur de 85 % selon le ministère de l’Agriculture.

Les stocks sont à zéro

En attendant, l’épidémie a laissé des traces. Vous connaissez l’expression : faute de grive on mange des merles. Eh bien, faute de foie gras, les consommateurs se sont reportés sur d’autres produits au moment des fêtes à Pâques comme à Noël, temps fort de la consommation.

Et les producteurs s’inquiètent pour les débouchés. La grande distribution qui pèse pour 40 % des ventes devrait revenir sans problème, mais pour les restaurateurs, ce n’est pas aussi simple. Leur retour pourrait être plus lent, d’autant que le foie gras français a été remplacé par des produits venus de Hongrie ou de Bulgarie, épargnés par la grippe aviaire. Des chefs réputés ont été appelé à la rescousse pour proposer du foie gras local dans les menus, mais les producteurs pourront-ils aussi répondre à la demande ? Après plusieurs années compliquées, les stocks sont à zéro alors que les cheptels ont été réduits pendant la phase épidémique.

Le Japon n’importe plus de foie gras français

L’autre défi pour le secteur est de relancer la consommation à l’export. L’an dernier, pour la première fois depuis 30 ans, la balance commerciale de la filière a été déficitaire, avec une hausse de plus de 28 % des importations en valeur. Certains pays se sont fermés aux foies gras made in France, comme le Japon, qui jusqu’ici était le premier importateur. Les producteurs espèrent que d’autres pays comme la Chine prendront le relais à terme.

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Pour les producteurs, l’avenir est incertain et la rentabilisé repose sur leur capacité à proposer d’autres parties du canard aux consommateurs, comme les aiguillettes, les cuisses ou les magrets. Mais ce sont des produits rendus plus chers en raison de la pénurie, et donc pas forcément pour toutes les bourses.

Pierrick Fay

 

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