Pour calmer la colère des agriculteurs, Emmanuel Macron a évoqué le 24 février l’instauration de prix planchers pour les produits agricoles. Mais est-ce une bonne solution à la crise ?
Sur le papier, c’est la réponse à l’une des principales revendications des agriculteurs. Le moyen de garantir qu’ils pourront vivre de leur activité. En fixant un prix minimum de vente par filière, on peut en effet espérer qu’ils ne seront plus obligés de vendre leur production à perte comme cela arrive trop souvent.
Le problème est que cette solution n’est en réalité ni applicable, ni même souhaitable. Elle n’est pas applicable, parce qu’elle revient à subventionner l’agriculture française, ce qui contrevient aux règles communautaires et à celles de l’Organisation Mondiale du Commerce. Et le gouvernement le sait bien, d’où les propos du ministre de l’Agriculture dès dimanche expliquant qu’il faudrait « faire monter ça au niveau européen ».
Un risque d’inflation bureaucratique
Cette solution se traduirait par une nouvelle inflation bureaucratique pour contrôler tout cela, ce que personne ne souhaite. Mais surtout, la fixation de prix planchers risque de produire l’effet inverse de celui recherché. Cette méthode fonctionne très bien dans la filière laitière avec des initiatives comme celle de la marque « C’est qui le patron », qui fixe un prix minimum d’achat en fonction des coûts de production. Mais ce qui est vrai pour une collectivité d’agriculteurs présentant un profil comparable n’est pas forcément réplicable à l’échelle nationale. Sinon, le bio serait aujourd’hui en pleine forme, ce qui est loin d’être le cas.
A lire aussi
En réalité, instaurer des prix planchers qui seraient forcément plus élevés que ceux du marché, c’est la promesse d’une chute massive des ventes des produits made in France. Cela mènerait à la mise en place d’une trappe à compétitivité, qui pousserait les industriels et les distributeurs à se fournir encore davantage à l’étranger pour optimiser leurs coûts. Dans cette crise, il n’y a pas de place pour des solutions simplistes et il va falloir que tout le monde s’en convainque, y compris au sommet de l’Etat.
Retrouvez tous les articles liés à l’actualité économique
Miele, Bosch-Siemens : pourquoi l’électroménager allemand se porte mal
Intelligence artificielle : Nvidia poursuit sa course folle sur les marchés financiers
Pourquoi le géant américain Walmart achète un fabricant de… téléviseurs
Le chèque carburant supprimé pour cause d’économies, une décision logique mais pas sans risque