A l’approche des élections municipales, faisons le point sur les erreurs les plus courantes dans le vocabulaire politique, celles que l’on entend régulièrement lors des interventions des journalistes ou des experts politiques.
Faut-il dire l’élection présidentielle ou les élections présidentielle ?
Employer le pluriel constitue une erreur. Il faut dire « l’élection présidentielle » au singulier. Il y a un seul président de la République à élire, pas plusieurs. En revanche, on parle bien des « élections législatives » ou « municipales » car plusieurs scrutins sont organisés dans plusieurs circonscriptions pour plusieurs élus. Il est donc logique d’employer le pluriel.
Dire « il se présente aux présidentielles » est donc incorrect. Quant au mot « présidentielle » tout seul, c’est un raccourci paresseux et faux, surtout lorsqu’il est au pluriel. Il faut dire, pour être exact : « il se présente à l’élection présidentielle ». De même, déclarer « elle se présente aux municipales » est considéré comme paresseux, mais pas incorrect quant à l’emploi du pluriel. Autant expliciter les choses et dire « aux élections municipales ».
Le verbe « élire une loi » : attention à l’usage
Le verbe « élire » est lui aussi souvent malmené, notamment lorsqu’on entend « ils ont élu cette loi » ou « ils ont élu cette idée ». Pourquoi est-ce incorrect ? Tout simplement parce qu’on élit quelqu’un tandis qu’on vote pour quelque chose. On élit un représentant et on vote pour une loi.
Autre question : faut-il écrire l’entre-deux-tours ou l’entre deux tours ?
C’est simple, clair, net, précis et pourtant pas souvent respecté : avec trait d’union. On parle de la période de « l’entre-deux-tours ».
La pséphologie, un terme rare mais indispensable en politique
Il s’agit de l’étude et de l’analyse scientifique des élections. Ce terme, plutôt utilisé en anglais, arrive aujourd’hui en français. Il vient du grec psephos, qui désigne les petits cailloux, les galets. Ils étaient utilisés par les Grecs comme bulletin de vote. Un spécialiste des sondages électoraux peut donc être appelé « pséphologue ».
Lors des périodes électorales, les métaphores journalistiques pleuvent, mais ne sont pas toujours très variées. Ces tournures guerrières reviennent systématiquement dès que les esprits s’échauffent.
Tirer à boulets rouges, une expression autant politique que journalistique
On est en plein dans la marine d’Ancien Régime. Les boulets rouges sont les boulets chauffés au rouge vif, prêts à incendier les navires adverses. Aujourd’hui, cette expression signifie descendre quelqu’un en règle, mais par les mots qui font office de missiles.
Le torchon brûle entre les partis politiques
C’est l’expression parfaite pour décrire un couple qui se déchire, mais aussi une alliance politique qui se délite. Pourquoi cette image ? Parce que le torchon est l’objet qu’on attrape pour éteindre un début d’incendie. Ainsi, quand il brûle, c’est que la situation dégénère. Ça flambe.
La levée de boucliers à l’Assemblée nationale
Cette métaphore très attendue remonte à l’Antiquité. Pour manifester leur mécontentement face aux ordres d’un chef, les soldats romains levaient leurs boucliers. D’après l’historien romain Tacite, cette habitude est héritée des mœurs des Germains. Une scène digne d’Astérix. Aujourd’hui, cette expression indique que tout le monde proteste contre une mesure.
Franchir la ligne rouge, une expression d’abord utilisée à l’ONU !
Cette ligne rouge représente la limite morale, politique ou diplomatique qu’il ne faudrait pas dépasser. Cette image vient du Red Line Agreement, accord conclu en 1928 entre les plus grandes compagnies pétrolières britanniques, américaines et françaises sur les reliques de l’Empire ottoman.
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On raconte qu’au moment de la signature de cet accord, personne ne connaissait vraiment les limites de cet empire avant qu’il ne s’écroule. Un homme d’affaires arménien se serait alors saisi d’un crayon rouge pour en tracer les frontières arbitraires. Cette expression s’est ensuite popularisée. Elle a d’abord été employée par les fondateurs de l’ONU, puis par les Anglo-Saxons et enfin par le monde entier, sauf les francophones qui disent « franchir la ligne jaune ».
Karine Dijoud
Retrouvez la chronique Et si on parlait français ?