Accueillir, adresser, baser : Des termes à la mode qui perdent leur sens ?

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Aujourd’hui, le verbe « accueillir » est utilisé à toutes les sauces. Dans le domaine culinaire aussi bien que dans l’immobilier, ce mot est maltraité par divers procédés d’emphase, notamment dans les émissions télévisées. Il n’est pas le seul à être employé à mauvais escient.

Certains domaines plus que d’autres sont sujets à l’emphase. C’est le cas notamment dans le monde de la cuisine ou encore de l’immobilier, sans doute du fait d’émissions comme Top Chef. La prolifération du verbe « accueillir » est un des symptômes de ce phénomène. Ainsi, il est possible d’entendre : « cette recette accueille de la coriandre », ou encore : « cette salle de bain pourrait accueillir une baignoire. »

Il faut rappeler que le verbe « accueillir » veut dire « aller au-devant de quelqu’un à son arrivée », ou encore « recevoir d’une certaine manière ». Par exemple : Le public a accueilli chaleureusement le film Barbie. En dernier lieu, le verbe accueillir signifie « accorder l’hospitalité à quelqu’un ».

Le verbe accueillir veut dire « aller au-devant de »

Passons au verbe « adresser ». Par anglicisme, le mot anglais address a le sens d’abord : a man of good address est un homme à l’abord distingué. Le sens correspondant en anglais du verbe to address c’est « aborder une personne ». Il est vrai que c’est le français « adresser » qui est à l’origine du verbe anglais, mais il n’a jamais eu chez nous cette signification particulière qui est propre à l’anglais.

Donc on se gardera bien de confondre les usages des deux verbes. Et on préfèrera le verbe aborder, qui lui, admet des compléments d’objets inanimés ou animés, comme dans « aborder un passant », « aborder un rivage » ou « aborder un sujet difficile ». On ne dit pas « J’ai adressé un problème ou une question », on dira aborder ou soulever un problème ou une question.

Baser est un terme avant tout militaire : on base une troupe sur la frontière

Le verbe baser a quant à lui fait l’objet de débats assez anciens. Emile Littré, par exemple, le considérait comme un néologisme inutile, Pierre-Paul Royer-Collard, qui était homme politique, professeur de philosophie et académicien, combattit son introduction dans le dictionnaire de l’Académie en disant : « s’il entre, je sors ! ». Alors on s’accorde aujourd’hui pour employer « baser sur » dans le domaine militaire : des troupes ont été basées sur la frontière. Mais on évitera l’emploi figuré, transposition de l’anglais based on qui s’est abusivement répandue.

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On préfèrera dire utiliser des synonymes comme fondés, établir ou asseoir. Donc on dira : une théorie établie ou fondée sur des bases vérifiables et pas une théorie basée sur des faits vérifiables. On dira une prospérité fondée sur l’agriculture et pas une prospérité basée sur l’industrie ou l’agriculture.

Marc Lambron

Retrouvez sa chronique « Et si on parlait français ? avec l’Académie française » du lundi au vendredi à 7h21

Le livre Dire ou ne pas dire, du bon usage de la langue française, est publié aux éditions Philippe Rey

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