Eve Ruggieri publie ses mémoires : « J’ai mené des combats le plus discrètement possible »

Jacques BENAROCH/SIPA

Animatrice adorée des auditeurs de Radio Classique, Eve Ruggieri était l’invitée ce mardi matin de David Abiker. La journaliste et productrice publie chez Flammarion Au cas où je mourrais.

Il faut avoir eu une vie sacrément heureuse pour s’autoriser un tel titre, Au cas où je mourrais ! Vous ne vous êtes jamais intéressée à l’Académie française, histoire d’être immortelle ?

Non, je n’ai pas envie d’être immortelle, mais j’ai envie que ça continue encore un peu. Malgré ce monde qui tourne à la barbarie la plus complète, la famille reste une valeur refuge et je n’ai pas envie de les quitter trop tôt.

Vous avez traversé des difficultés, mais elles semblent avoir glissé sur vous. Quand on vous lit, on comprend que vous avez rencontré ces obstacles qui ont émaillé la carrière des femmes dans l’audiovisuel, depuis les années 60 jusqu’à la fin des années 90. Vous avez souffert du machisme, pourtant, vous donnez l’impression d’avoir traversé cette vie professionnelle – et cette vie tout court – avec sérénité et détermination.

Je crois qu’on ne peut pas être serein si on n’est pas déterminé. Cela paraît un peu provocant, mais je crois qu’il y a des combats qu’il faut mener. Je les ai menés le plus discrètement possible parce qu’on n’est pas obligé de hurler, on peut expliquer les choses et se défendre avec de bons arguments si on est dans son droit.

J’ai mené quelques combats, pas beaucoup parce que j’ai eu la chance d’être dans le domaine de l’Histoire, sur France Inter et puis dans cette maison qu’est Radio Classique. J’ai eu une vie agréable parce que j’étais auprès de gens qui dans l’ensemble, étaient tous passionnés par leur métier : les musiciens, les historiens aussi.

« La couleur de ma voix est très particulière »

Qu’est-ce qui vous a empêché de devenir une grande pianiste ? Il y avait un atavisme familial, votre mère était violoniste. 

J’aurais pu ! J’étais une assez bonne pianiste, avec des premiers prix, mais je crois que je suis très lucide. Je savais que les jeunes qui arrivaient de Russie et de Chine avaient des techniques incroyables, éblouissantes, or j’ai une main très étroite. J’étais bien dans Mozart et dans Chopin – ce n’était pas si mal – mais mon rêve était de jouer le grand répertoire russe. Et je ne me sentais pas de taille à continuer à faire 5 ou 6 h de piano par jour, voire 8h pendant les périodes de concours.

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A quel moment avez-vous pris conscience que lorsque vous parliez et racontiez quelque chose, on vous écoutait ?

C’est lié à deux choses, d’abord la couleur de ma voix. Elle est très particulière, et reconnaissable immédiatement. Parfois je prends des taxis et au bout d’un moment on me pose la question : « mais vous ne vous parlez pas à la radio ? »

Pierre Vigne, ancien directeur de France Inter m’avait dit : « Tu as une drôle de voix, ça plaira ou ça déplaira, mais ça ne laissera pas indifférent ». Cette voix est un peu mon identité. L’autre raison, c’est que je n’ai jamais raconté que des histoires qui me passionnaient et je crois que cette passion-là passe évidemment par le micro. La radio est un instrument magnifique.

 

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