L’amour, ses joies et ses souffrances sont bien évidemment des sources d’inspiration pour les compositeurs. Découvrez l’histoire cachée derrière ces morceaux classiques inspirés par l’amour : le Salut d’amour, d’Elgar, Liebestraum de Liszt ou encore les Sept sonnets de Michel-Ange de Benjamin Britten.
Le Salut d’Amour d’Edward Elgar pour Caroline Alice, symbole de la complicité d’une vie
Les débuts de carrière du compositeur britannique furent relativement compliqués. A défaut de pouvoir compter sur une quelconque notoriété préalable et afin de gagner sa vie, le jeune compositeur décide d’enseigner le violon au Worcester High School. En 1886, alors âgé de 29 ans, il fait une rencontre fortuite qui va le chambouler à tel point qu’il composera – sans le savoir – l’œuvre la plus appréciée de son répertoire.
La fille du Major-General de l’armée des Indes, Caroline Alice Roberts souhaite à cette époque, prendre des cours d’accompagnement au piano auprès du compositeur. Poète et écrivain, de 10 ans son aînée, elle tombera toute de suite sous le charme de son professeur. Une union pourtant bien mal perçue par la famille de Caroline Alice qui sera déshéritée pour avoir épousé un musicien méconnu et de surcroît catholique. Mais rien ne peut ébranler l’amour de Caroline Alice pour Elgar, elle rétorquera même dans son journal que : « la garde d’un génie est une œuvre suffisante pour remplir la vie d’une femme ».
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Elgar demande Caroline Alice en fiançailles à l’aube de l’été 1888 en lui dédiant une ode à l’amour. Avec sa mélodie envoûtante et ses harmonies profondément romantique, Salut d’Amour opus 12, courte pièce musicale pour violon et piano, évoque toute la tendresse du compositeur à l’égard de sa future épouse.
La dédicace figurant sur la partition étant dédiée à Carice, contraction du prénom de Caroline Alice mais également futur prénom donné à leur fille qui verra le jour en 1890. En réponse à ce présent, Caroline Alice lui offrira quant à elle, son poème The Wind at Dawn autrement dit Le Vent à l’aube pour célébrer leurs noces.
Le compositeur mettra d’ailleurs ce poème en musique la même année. Pour célébrer leur idylle, les deux époux partiront en lune de miel sur l’île de Wight avant de venir s’installer à Londres, principal lieu de rayonnement de la vie musicale britannique à cette époque.

Edward Elgar connaîtra enfin le succès tant attendu en compagnie de madame Caroline Alice Elgar, sa secrétaire, manageuse mais également première critique musicale de son mari.
Le Rêve d’amour de Liszt : du coup de foudre pour Marie d’Agoult à la rupture dévastatrice
En 1832, Liszt fait la rencontre Marie d’Agoult ( également connue sous le pseudonyme de Daniel Stern ) dans un salon parisien. C’est un véritable coup de foudre qui subjugue le jeune Franz Liszt alors âgé de 21 ans : « une apparition étrange s’offrait à mes yeux. Je dis apparition, faute d’un autre mot pour rendre la sensation extraordinaire que me causa, tout d’abord, la personne la plus extraordinaire que j’eusse jamais vue ».
Mais Marie, de 6 ans son aînée, est alors mariée au comte Charles Louis Constant d’Agoult avec qui elle a deux enfants. Qu’à cela ne tienne, la passion qui anime les deux artistes les dévore au point de quitter Paris ou leur relation jugée scandaleuse, ne correspond en rien aux bonnes mœurs de l’époque.
Malgré une relation quelque peu tumultueuse et ce, dès leurs débuts – car ponctuée par de nombreuses séparations et de retrouvailles intenses – le jeune virtuose et la femme de lettres décident de fuir en Suisse en 1835 pour vivre leur amour librement. De cette liaison naîtront 3 enfants.
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Mais comme toutes les passions, l’amour se délite peu à peu. Liszt est souvent en tournée et son succès auprès des femmes suscite la jalousie de Marie qui trouve refuge auprès de leur amie George Sand, ne supportant plus la situation. La relation impétueuse du couple se retrouvera d’ailleurs dans leurs échanges épistolaires initié de fait, par la distance qui les sépare. En 1844 le couple se résout à se dire adieu.
Mais la situation s’envenime davantage au point que Liszt et Marie d’Agoult ne s’appelleront désormais plus que par « Monsieur » ou « Madame » et seront confrontés à de nombreuses discordes pour la garde des enfants. Et pourtant, Marie dira au sujet du pianiste, plus de 10 ans après leur rupture : « je voudrais que ce grand amour fût respecté et honoré après ma mort ».
Une histoire passionnelle qui marquera le compositeur et influencera sans aucun doute sa ligne mélodique. Car toute la force de Liszt réside dans sa capacité à transcender les émotions qui l’anime à travers son piano. Le Liebestraum, Rêve d’amour n°3 témoigne de cet amour mis en musique. Empreint d’une expressivité fulgurante qui en touchera plus d’un, ce lied – incarnation même du romantisme – est en fait un hymne à l’amour dévastateur vécu par Liszt.

Le Concerto pour piano de Robert Schumann, dédié à Clara : une preuve d’amour
En 1827, le jeune Robert Schumann a 17 ans. Il souhaite prendre des cours de piano auprès de l’illustre Friedrich Wieck qui vient tout juste de mettre au point une méthode d’apprentissage révolutionnaire au piano. La renommée du facteur d’instrument rayonne – à cette époque – dans tout Leipzig grâce notamment, aux exploits de sa fille Clara alors âgée de 8 ans.
Jeune virtuose et première bénéficiaire de l’enseignement de son père, la prodige encore enfant, rencontre donc Robert Schumann pour la première fois cette année-là. Ce n’est que 8 ans plus tard que Clara, devenue une véritable vedette du piano, s’éprend de Robert. S’en suit une véritable histoire d’amour entre les deux musiciens. En 1837 Robert demande la main de Clara. Une demande fermement refusée par Wieck qui estime que sa fille mérite bien mieux que son ancien élève encore peu connu.
Cette opposition à leur union ne fait que renforcer les liens entre les deux pianistes éperdument amoureux l’un de l’autre. Dans une lettre du 26 juillet 1838 elle écrit à Schumann : « Tout m’est indifférent sauf mon art : mon art, c’est toi ! ». Prête à outrepasser l’autorité de son père et quitte à délaisser sa carrière, Clara arrive à prouver la solidité de ses finances et obtient des certificats de moralité en 1839 pour le procès à l’encontre de Wieck. Le refus de consentement de mariage est reconnu par la cour et le père de Clara est condamné pour diffamation.
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Le mariage des Schumann à donc lieu le 12 septembre 1840. 8 enfants naissent de cette union et Clara délaisse peu à peu son instrument au profit de sa vie de famille et de la carrière de son mari. En 1853, après 13 ans de mariage, les Schumann sont installés à Düsseldorf. Un jeune compositeur nommé Johannes Brahms sonne à leur porte en quête d’un mentor.
C’est un coup de foudre musical instantané entre Robert, Clara et le compositeur allemand qui s’installe chez eux. Mais Robert, qui a accepté de prendre Brahms sous son aile, est un homme à la santé fragile. En proie à une terrible névrose et des hallucinations, il se jette dans le Rhin l’année suivante et est interné en hôpital psychiatrique avant d’y décéder seul en 1956. C’est à cette période que les liens entre Clara et Brahms s’intensifient, à tel point que Brahms écrit : « Il n’y a qu’à madame Schumann que je sois dédié cœur et âme ».
Mais la passion entre Brahms et Clara Schumann ne dure pas. Alors âgée de 36 ans, la jeune veuve se consacrera désormais à sa carrière et à la mémoire de son mari en contribuant à la notoriété de ses œuvres.

Elle entretiendra tout de même une relation épistolaire et éprouvera une grande affection pour Brahms et ce, jusqu’à la fin de ses jours. Comme tout grand romantique qui se respecte, Robert Schumann composa son unique concerto pour piano à Clara. Une preuve d’amour indéfectible qui illustre à merveille les 16 ans de vie commune des Schumann.
Les Sept sonnets de Michel-Ange de Benjamin Britten, la célébration d’un couple fusionnel et courageux avec Peter Pears
L’année 1937 est une année particulièrement marquante dans la vie de Benjamin Britten. Dévasté par la mort de sa mère qui vient de survenir, il perd également son ami écrivain et critique britannique Peter Burra dans un accident d’avion. Fragilisé par ces évènements, il se rend à Bucklebury dans le cottage de Burra. Il y fait alors la rencontre de Peter Pears, ami commun du défunt, qui s’est également porté volontaire pour désencombrer la maison.
Britten ne se doute pas encore que cette rencontre va chambouler sa vie tant sur le plan sentimental, que musical. Les deux hommes se lient d’abord d’amitié avant d’entretenir une relation amoureuse. Leur passion commune pour la musique permettra une influence réciproque sur leurs arts. En effet, Britten arrive à sublimer, par sa musique, le talent du jeune ténor à la tessiture encore fébrile mais qui deviendra pourtant par la suite, un grand nom de l’art lyrique.
A l’inverse, Pears insuffle quant à lui l’inspiration à Britten qui ne cesse de lui dédier ses compositions. C’est le cas pour son War Requiem, enregistré pour la première fois avec la voix de Pears et que Chostakovitch considèrera comme étant « la plus grande œuvre du siècle ».
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Mais difficile pour Britten et Pears de vivre leur amour au grand jour en plein XXè siècle, dans une société anglaise encore profondément puritaine. Le sort d’Alan Turing, mathématicien de génie, soumis à la castration chimique à cette époque, témoigne de la persécution du gouvernement de la société à l’encontre des homosexuels. En 1953 une descente de police à lieu au domicile du couple.
Vécue comme une véritable humiliation par les deux musiciens ils ne cessent pourtant pas leur relation et ne cachent plus leur homosexualité. En passant des sérénades aux lieder ou bien même par l’opéra, Britten continue de composer pour son compagnon. Les Sept sonnets de Michel-Ange opus 22 révèle la complicité et de l’amour du couple mais également leur intense collaboration professionnelle. En plus de partager sa vie avec Britten, Pears est également son interprète.
Et si de nombreux tabloïds accuseront, à tort évidemment, Peter Pears d’avoir transmis la syphilis à Britten provoquant ainsi sa mort, il faut surtout se souvenir d’un couple fusionnel et courageux, uni par 40 ans de vie commune. Après le décès de Britten avec qui il est resté toute sa vie, Pears dira que : « Ce n’est pas l’histoire d’un homme. C’est l’histoire de notre vie à deux ».
Ondine Guillaume
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