Jean-Claude Casadesus : « La musique, c’est une conquête permanente, il faut être digne de la servir »

Sarah ALCALAY/SIPA

Jean-Claude Casadesus célèbre ses 90 ans lors d’un concert exceptionnel au Théâtre des Champs-Élysées le dimanche 25 janvier. Invité de la matinale, le chef d’orchestre revient sur une vie et une carrière flamboyantes dédiées à la musique et à sa transmission.

Pour Jean-Claude Casadesus, la musique n’est jamais acquise : « La musique, c’est une conquête permanente. Il faut être digne de la servir et nous sommes avant tout des serviteurs. » Il voit dans son art une dimension quasi religieuse, « l’une des voies les plus pures vers la spiritualité la plus élevée». Il considère que « chaque artiste est porteur d’une parole d’amour. Plus on transmet, plus on va mieux. » Ce partage, qui permet aussi de mieux se connaître soi-même, est au cœur de sa vision du métier de chef d’orchestre.

À l’occasion de son concert anniversaire, Jean-Claude Casadesus a choisi de mettre à l’honneur trois grands compositeurs : Verdi, Ravel et Berlioz. « L’ouverture de La Force du Destin de Verdi, tout est dit dans le titre : le destin, j’y suis confronté. Je fais du rab en ce moment.» Il évoque avec émotion la transmission familiale, notamment avec son petit-fils, pianiste de jazz devenu pianiste classique, qui jouera le Concerto en sol de Ravel à ses côtés. L’invité de David Abiker voit dans cette complicité musicale le symbole d’un passage de relais entre générations. Quant à Berlioz, il salue « le plus jeune compositeur novateur», créateur du grand orchestre symphonique moderne, dont la musique offre « une vision spatialisée et cinématographique». Ce choix de programme reflète à la fois son attachement à la tradition et son goût pour l’innovation.

Démocratiser la musique, une mission de vie

Depuis plus d’un demi-siècle, Jean-Claude Casadesus poursuit le même objectif : rendre la musique accessible à tous. Pour lui, « les artistes, plus ils sont grands, plus ils ont de talent, doivent aller vers les gens». Il revendique ainsi « l’élite du cœur », loin de tout élitisme social. Son engagement auprès des enfants, notamment dans les quartiers difficiles, témoigne de cette volonté : « Je les ai placés à côté de mes musiciens pour qu’ils comprennent que la pédagogie de l’erreur, qu’on leur enseigne à l’école, nous l’appliquons au quotidien.» Pour Jean-Claude Casadesus, la rigueur est essentielle : « Elle devient volupté pour l’accomplissement du désir. » Il insiste sur le fait que la musique, par sa discipline et sa passion, peut transformer des vies et offrir aux jeunes une voie vers l’épanouissement et la réussite, loin des dérives sociales.

Les grands moments d’une carrière internationale

Jean-Claude Casadesus a parcouru le monde et vécu des expériences marquantes qui ont forgé sa vision de la musique comme vecteur universel de fraternité. Interrogé sur son passage en Iran, où il a joué en tant que percussionniste avant de devenir chef d’orchestre, il exprime une profonde admiration : « C’est un peuple extraordinaire, avec une histoire classique fantastique, des poètes, des musiciens, et un désir absolu de liberté et de transmission. » Sans s’avancer sur le terrain politique, il confie sa solidarité avec les Iraniens : « Le peuple souffre énormément et je souffre avec eux, car il est effrayant de ne pas vivre dans la liberté d’expression.»

Parmi ses souvenirs marquants, il évoque aussi sa participation à l’accueil du pape au Maroc, à l’invitation du roi, où il dirigea Ave Maria de Caccini interprété par un imam, une chanteuse juive et une chanteuse chrétienne, sa propre fille. Il se souvient du privilège d’avoir « dirigé dans 45 pays», d’avoir été « le premier à franchir le mur en 1989 à Berlin», ou encore d’avoir joué la Neuvième de Beethoven dans le cimetière de Notre-Dame à Arras, « où plus de 100 000 Français et Allemands se sont massacrés». Pour lui, la musique demeure « un formidable vecteur de fraternité œcuménique», capable de réunir les peuples au-delà des frontières et des conflits.

Les valeurs et leçons d’un chef d’orchestre

Jean-Claude Casadesus confie sa préférence pour le concert vivant : « Le CD est parfois un peu froid. […] Je suis un fou du live. » Il estime que rien ne remplace l’intensité et la vérité du concert : « Il ne faut pas truquer la musique, il faut la vivre et la transmettre dans son authenticité. » Cette passion du direct s’accompagne d’une exigence constante, qu’il considère essentielle dans la direction d’orchestre comme dans le management : « La psychologie, l’exigence envers soi-même d’abord, et la transmission de cette exigence. Tous les enfants dont je me suis occupé comprennent que pour réaliser un désir, seule la rigueur convient, et la rigueur, c’est le chemin vers la liberté. La liberté sans rigueur, c’est l’anarchie. »

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Il rappelle les valeurs qui ont guidé sa carrière : « D’abord, l’éthique. J’ai deux ou trois devises qui m’ont inspiré : un projet, une éthique, la durée. Le projet doit permettre le développement de tous, l’éthique implique le respect des fonds publics, et la durée est la valeur qui garantit la pérennité des deux premiers paramètres. »

Daphnée Cataldo

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