Le Met Opera, confronté à des difficultés financières depuis quelques années, espérait beaucoup d’un accord de principe conclu avec l’Arabie Saoudite. Mais le partenariat a du mal à se concrétiser et l’institution new-yorkaise se voit obligée de prendre des mesures économiques radicales.
Au mois de septembre dernier, le Met Opera annonçait avoir conclu un accord de partenariat avec l’Arabie Saoudite. Selon cet arrangement, en échange de productions du Met données chaque hiver pendant cinq ans à l’Opéra Royal de Diriyah à Riyad, à partir de 2028, et de formation sur place de professionnels du secteur lyrique, le royaume saoudien s’engage à soutenir financièrement le Met pendant huit ans. Le chiffre de 200 millions de dollars de subventions est évoqué.
Interrogé par le New York Times, Peter Gelb admet qu’il y a certaines inquiétudes autour de cet accord, même s’il se veut rassurant. « Je comprends que les Saoudiens aient dû revoir leurs budgets en raison de leurs propres préoccupations économique (…) On m’a assuré que le projet avançait. Mais nous attendons toujours depuis un certain temps », a déclaré le directeur général du Met.
Baisse de la rémunération des 35 plus hauts salaires et suppression de 22 postes administratifs
Des incertitudes suffisamment préoccupantes pour contraindre le Met Opera de New York à mettre en place dès maintenant un plan de réduction drastique de ses dépenses. À commencer par la baisse (entre 4 et 15%) des plus hauts salaires de la maison. 35 cadres, qui émargent à plus de 150.000 dollars/an sont concernés. Ce sera donc le cas pour Peter Gelb lui-même et Yannick Nézet-Séguin, l’emblématique directeur musical de l’institution, qui ont pris acte de la décote de leur rémunération.
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La direction du Met annonce également la suppression de 22 postes parmi les 284 employés administratifs de la compagnie mais aussi une réduction de la programmation dès la saison prochaine avec le report d’une des 18 productions initialement annoncées. Ce report concerne une nouvelle production de Khovanshchina, l’opéra de Modeste Moussorgski que doit diriger Esa-Pekka Salonen, dans une mise en scène de Simon McBurney.
Mise en vente des deux fresques de Marc Chagall installées au Lincoln Center
Deux autres décisions, plus symboliques risquent de faire beaucoup parler. Tout d’abord le projet de vente des droits d’appellation du Met Opera au Lincoln Center, vraisemblablement par le biais d’une opération de naming qui consiste à associer le nom d’une marque ou d’une société marraine à une structure. Un processus que Peter Gelb avait déjà évoqué lors de l’annonce de l’accord avec l’Arabie Saoudite.

Enfin, la direction du Met a annoncé qu’elle envisage de mettre en vente les fresques, Le Triomphe de la Musique et Les Sources de la Musique, peintes en 1966 par Marc Chagall et qui ornent le hall du Gran Tier. Les deux œuvres de l’artiste, estimées à 55 millions de dollars et qui avaient déjà servi de caution de garantie pour un prêt bancaire après la crise financière de 2008, conserveraient néanmoins leur place dans le Lincoln Center, conformément aux conditions de vente prescrites.
Reste à savoir si les incertitudes qui pèsent autour des engagements de l’Arabie Saoudite remettront également en cause le contrat de coopération culturelle signé avec la Philharmonie de Paris en septembre 2025.
Philippe Gault
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