Le « donateur » était un escroc : Le Met Opera de New York abusé par un philanthrope véreux

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Depuis le mois de mai, le Met Opera se trouve confronté aux conséquences d’une malversation de grande ampleur, commise par un de ses mécènes qui s’est révélé être un escroc. L’institution new-yorkaise doit désormais trouver les fonds pour abonder les sommes promises.

L’histoire est à peine croyable. Depuis 2018, le Met Opera recevait des dons de la part d’un mécène qui se faisait passer pour un proche conseiller de la riche famille Soros et de la collectionneuse et mécène Courtney Sale Ross, veuve du fondateur de Time Warner. Jusqu’à cette année, les dons réguliers de Matthew Christopher Pietras ne s’élevaient qu’à quelques dizaines de milliers de dollars par an. De quoi, toutefois, lui avoir permis d’intégrer le conseil d’administration du Met avec le titre de directeur général.

C’est au printemps dernier que l’affaire s’est compliquée avec la proposition de Matthew Christopher Pietras de faire un don à la fin du mois de mai de 15 millions de dollars au Met Opera. Mais alors que l’institution tentait de faire transférer un acompte de 10 millions de dollars, la banque sollicitée lui indiqua que ce transfert lui apparaissait comme « frauduleux ». Et le 30 mai, nouveau et saisissant rebondissement, la police révélait que le prétendu homme d’affaires avait été retrouvé mort dans son appartement près de Madison Square Park.

L’escroc avait aussi permis à la Frick Collection de recevoir indûment des millions de dollars de dons

Depuis cette funeste découverte on en a appris plus sur le parcours de Matthew Christopher Pietras. L’enquête du New York Magazine révèle ainsi que l’individu, âgé de 40 ans, n’avait en fait été qu’assistant parmi d’autres des milliardaires dont il se vantait d’être un très proche collaborateur. Un talent d’affabulateur qui lui avait permis d’effectuer d’importantes donations avec l’argent de ses « patrons », non seulement au Met mais surtout à la Frick Collection, un des grands musées de New York qui a ainsi pu bénéficier de millions de dollars de dons et avait même accolé son nom au titre du responsable de la musique et de la performance.

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Désormais, le Met se trouve confronté à plusieurs problèmes financiers, notamment pour abonder ces 15 millions de dollars qu’elle avait inscrits dans ses recettes. Si l’institution a restitué les 10 premiers millions de dollars de cette dotation, il lui a fallu demander l’autorisation du comité exécutif de son conseil d’administration pour prélever 5 millions de dollars supplémentaires sur son fonds de dotation pour contribuer à la reconstitution des fonds manquants.

Reste maintenant la question des dons antérieurs reçus par le Met (et la Frick Collection) par l’intermédiaire de Matthew Christopher Pietras. Les familles Soros et Ross auraient en effet l’intention de demander la restitution de ces fonds indûment détournés.

À la fin des années 1990, le Met Opera avait déjà fait l’objet d’une promesse de dons frauduleuse

Le New York Times rappelle qu’à la fin des années 90 le Met Opera avait déjà été confronté à ce genre de mésaventure. À l’époque, le milliardaire Alberto W. Vilar, investisseur passionné d’opéra, avait fait une promesse de don de 25 millions de dollars qu’il ne put jamais honorer. En 2008, l’homme d’affaire fut reconnu coupable de fraude et condamné à plusieurs années de prison.

Philippe Gault

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