Un accordeur japonais et un pianiste américain redonnent vie à des pianos touchés lors du bombardement d’Hiroshima

Crédit : Yagawa Piano Studio

Alors que le Japon commémore le 80e anniversaire du bombardement atomique d’Hiroshima par l’armée américaine, un accordeur, qui a déjà restauré sept instruments touchés par le tir fatal, a confié à un pianiste américain ces pianos avec lesquels il parcourt le monde pour « partager un message musical de paix ».

Le 6 août 1945 à 8h15, le bombardier de l’armée américaine Enola Gay larguait la première bombe atomique utilisée en temps de guerre, sur Hiroshima au sud de l’île japonaise de Honshū. L’explosion de la bombe Little Boy pulvérisa tout sur 12 km² et près de 80.000 personnes périrent en un instant fatidique. En 1998, un survivant du drame confia à un accordeur local un piano endommagé lors du terrible bombardement.

Le début de l’aventure d’une vie pour cet artisan, Mitsunori Yagawa, qui, depuis plus de 25 ans, consacre la plus grande partie de son temps à faire revivre ces pianos endommagés par le bombardement fatal. À ce jour, l’accordeur a déjà restauré 7 de ces instruments symboliques, dénommés pianos Hibaku (bombardés), sur lesquels il ne modifie pourtant aucune des traces laissées par l’explosion. « Si je devais changer quoi que ce soit, cela reviendrait à effacer l’Histoire » , explique-t-il.

« Que nous soyons Japonais ou Américains, nous partageons tous le même désir de paix »

Encouragé par les autorités locales, Mitsunori Yagawa décida de créer en 2022 un musée pour exposer ces pianos restaurés ainsi que d’autres abîmés suite à des raids conventionnels de l’aviation américaine à l’époque, à côté de ses ateliers à Hiroshima. Mais surtout, depuis 2001, l’accordeur parcourt le Japon et d’autres pays avec ces pianos pour, comme il dit : « les faire sonner et partager un message musical de paix. » 

En près de 25 ans, les pianos restaurés par Mitsunori Yagawa ont été entendus dans plus de 3500 endroits différents, surtout au Japon mais aussi à l’étranger. Ainsi en 2017, l’un d’eux a même été acheminé jusqu’en Norvège, où il a été joué lors d’un concert commémorant le Prix Nobel de la paix décerné à la Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires.

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Depuis 2021, c’est Jacob Koller, un pianiste de jazz américain installé au Japon, qui officie sur ces claviers symboliques. « Certains disaient qu’il ne fallait pas laisser un Américain jouer du piano bombardé. Mais je ne pense pas que ce soit juste. Que nous soyons Japonais ou Américains, nous partageons tous le même désir de paix » , confie Mitsunori Yagawa.

En début d’année, Jacob Koller a sorti un album Prelude for Peace, regroupant ses compositions originales en hommage aux victimes de la guerre et jouées sur un piano Hibaku.

Philippe Gault

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