Xavier Dupont de Ligonnès : « L’ensemble du fil évolutif de sa vie va vers le suicide, selon toute probabilité », selon Daniel Zagury

Crédit : Radio Classique

Depuis 2011, la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès est une énigme. Le mystère reste entier autour du sort de l’homme soupçonné d’avoir tué toute sa famille. Invité de la matinale, le psychiatre Daniel Zagury, auteur de L’énigme numéro 1 (aux éditions Seuil), dévoile son analyse psychologique du père de famille et révèle sa conviction.

« J’ai lu beaucoup, comme tout le monde, sur Xavier Dupont de Ligonnès et je restais sur ma faim. Je me demandais qui est l’homme derrière tout ça ? En tant que psychiatre, je trouve qu’on n’est pas allé au bout de l’appréciation fine de sa personnalité, c’est pour ça que je me suis lancé », explique Daniel Zagury, auteur de L’énigme numéro 1 (aux éditions Seuil).

Son livre, paru le 9 mai dernier, est le 17ème ouvrage à se consacrer à l’affaire Xavier Dupont de Ligonnès. Pour le psychiatre, habitué aux expertises de criminels vivants, l’analyse psychologique du père de famille s’est avérée totalement différente : « Je n’ai pas rencontré Xavier Dupont de Ligonnès, mais j’en sais beaucoup plus sur lui qu’un certain nombre de personnes que j’ai examinées qui n’ont pas envie de faire de confidences. Lors de mes recherches, j’ai rencontré des personnes de sa famille et puis c’était un grand bavard qui passait son temps à raconter sa vie sur les sites catholiques. »

De la foi au désespoir

D’après l’analyse de Daniel Zagury, la mère de Xavier Dupont de Ligonnès a joué un rôle important sur l’évolution de sa vie : « Sa mère a fait de lui un futur survivant de l’apocalypse et en tête de la hiérarchie mondiale des survivants. C’est comme ça qu’à l’âge de 35 ans, il adhérait encore totalement à la prédication de sa mère. »

C’est dans les années 1960 qu’elle crée un groupe de prière nommé Philadelphia. Ce groupe a été qualifié « à caractère sectaire » par la Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Depuis sa naissance, sa mère le préparait à la fin du monde prévue d’après le groupe à la fin des années 1990, mais elle n’a jamais eu lieu.

C’était le premier déclencheur pour Dupont de Ligonnès : « C’est l’effondrement pour lui à ce moment-là. Il se proclame même incroyant. En réalité, il a juste perdu ses racines. Il va ensuite passer son temps sur des sites catholiques à essayer de casser la foi de ses interlocuteurs. »

Le sacrifice comme solution

Dépressif, endetté et trompé par sa femme, le père de famille veut mettre fin à ses jours. Le 20 janvier 2011, son père décède et c’est le deuxième déclencheur pour Xavier Dupont de Ligonnès. Le psychiatre dévoile le dilemme auquel a fait face Dupont de Ligonnès : « Il est devant une équation terrible : d’abord, il ne peut plus vivre parce qu’il souffre trop, mais se suicider, ce n’est pas chrétien, donc il ne faut absolument pas que sa famille soit au courant. Se suicider, c’est aussi abandonner les siens, ce qui lui est insupportable. Donc il décide d’organiser un ‘suicide’ collectif ».

Il commence alors à programmer méticuleusement son acte : « C’est ce que j’appelle le travail psychique du crime. Il faut qu’il supprime psychiquement tous ses obstacles, d’abord la culpabilité, ensuite la honte, et enfin éviter la moindre défaillance si les sentiments prennent le dessus au moment de l’acte. Il transforme ses proches en des êtres chosifiés. Une fois prêt, il accomplit son crime et poursuit sa route sans que personne ne voie le drame dans ses yeux. »

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Alessandra Wyak

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