Manifestations anti-pass sanitaire : « ce ne sont pas des intérêts qui sont en jeu mais des émotions » selon Pierre Rosanvallon

Semaines sociales de France /Wikimedia commons

Pierre Rosanvallon dit des choses inhabituelles dans la Croix. Interrogé sur la nature des manifestations contre le pass sanitaire -elles auront lieu demain samedi 4 septembre-, l’historien qui vient de publier Epreuves de vie (éd Seuil) déclare : « on manifeste pour autre chose que des intérêt matériels ».

Pierre Rosanvallon : « celui qui gagnera l’élection présidentielle aura compris l’importance des épreuves de vie »

Certes le mouvement réunit une foule hétérogène d’antipass, d’antivax, de conspirationnistes, des gens qui ont en commun une détestation d’Emmanuel Macron, mais il réunit aussi des manifestants qui sont dans la rue pour autre chose que des intérêts matériels. Ce que dit Rosanvallon est très important : l’histoire sociale française s’est faite à partir de manifestations souvent menées par les syndicats avec des revendications corporatistes. « Avec les mouvements des antivax ou des Gilets jaunes nous entrons », confie-t-il à la Croix, « dans un nouvel âge de la contestation, ce ne sont plus des intérêts qui sont en jeu mais des émotions ».

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De quelles émotions parle Rosanvallon ? D’un sentiment de mépris, d’injustice, de discrimination et d’incertitude. Et ces émotions sont devenus plus importantes que l’ancrage politique. Rosanvallon appelle ça des épreuves de vie. Je vous en parle parce que l’élection présidentielle arrive, que les candidats vont parler aux Français non pas selon qu’ils seront de droite ou de gauche mais selon les épreuves qu’ils auront traversés et Rosanvallon cite par exemple les discriminations, le burn out ou encore le viol, il parle aussi du mépris social, toutes choses qui passent trop souvent sous le radar des politiques. Et Rosanvallon déclare dans La Croix : « la parole politique pour être représentative doit rendre visibles ces épreuves vécues ». Et il conclut : « celui qui gagnera l’élection présidentielle aura compris l’importance des épreuves de vie ».

David Abiker

 

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