On se préparait au débat Attal-Bardella, et voilà qu’on entend carrément parler d’un débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Est-ce sérieux ? D’où vient cette idée ?
Tout est parti d’un dîner à l’Elysée début mai, pour la décoration de l’ancien sénateur sarkozyste Pierre Charon. Un dîner que racontait hier Ludovic Vigogne dans La Tribune dimanche. Et, nous dit-il, c’est Franck Louvrier, l’ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy, qui lui a suggéré l’idée estimant que s’il ne voulait pas que ces européennes virent au fiasco, il devait s’engager à fond.
Réponse de Macron : « j’y pense ». Ce n’est pas obligatoirement « oui », mais ce n’est clairement pas non. Mais pour débattre, il faut être deux. Et là, ce sont nos amis du Parisien qui ont posé la question à Marine Le Pen. Laquelle a répondu : « j’ai déjà répondu à cette question et j’ai dit oui ». Alors rien n’est fait, mais l’idée est lancée et il n’y a de veto ni d’un côté ni de l’autre. Et si ça se fait, ce sera évidemment un événement inédit.
Surprendre, Emmanuel Macron aime ça
Mais justement, un président de la République débattant à armes égales avec un opposant, est-ce pensable ? Or, c’est parce que ça n’est pas pensable que ça peut tenter Emmanuel Macron. Surprendre, casser les codes, il aime. Quitte à descendre de l’Olympe où, en principe, Jupiter reste à distance de tous les autres. Ça rappellerait Nicolas Sarkozy qui, une fois élu président avait tenu un meeting en bonne et due forme pour la campagne des législatives. Déjà, on pensait qu’un président ne devait plus faire ça.
En matière de débat télévisé, il y a un précédent : François Mitterrand affrontant Philippe Séguin lors du référendum sur Maastricht. Mais un référendum ce n’est pas une élection entre des partis. C’est une initiative présidentielle, justement. Et le face-à-face avec Séguin n’était qu’une séquence dans une émission où le chef de l’Etat restait au centre du jeu.
Marine Le Pen ne peut que progresser
Un duel Macron-Le Pen, ce serait retour sur le ring, quitte à choquer ceux qui pensent qu’un président de la République n’est pas un acteur comme les autres de la vie politique. Mais à coup sûr l’audience serait au rendez-vous. Après 2017 et la revanche de 2022, ce serait la belle. Ce ne serait plus une campagne européenne, mais un remake présidentiel.
Si ce débat a lieu, qui aurait le plus à perdre et le plus à gagner? On est, pour l’instant, à 2-0 en faveur de Macron qui avait à chaque fois nettement dominé la candidate du RN. Peut-on dire pour autant jamais deux sans trois ? Ce n’est pas sûr.
Pas encore l’heure de la relève
Emmanuel Macron est maintenant lesté d’un bilan jugé plutôt sévèrement. Surtout, en s’engageant à ce point, il s’identifierait au verdict du 9 juin. En cas de fort écart entre les listes Bardella et Hayer, il lui serait difficile de dire ensuite : cela ne me concerne en rien. Marine Le Pen, d’une certaine manière ne peut que progresser. Donc on peut dire qu’elle n’a rien à perdre, sauf à rater encore une fois le débat et qu’on dise : décidément elle n’est pas au niveau. Mais l’inverse est possible aussi pour elle.
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Il y a enfin une explication psychologique à ne pas négliger. On se préparait au duel Bardella-Attal du 23 mai. En débattant une nouvelle fois tous les deux, et bien, Macron et Le Pen rappelleraient aux deux « jeunots » que l’heure de la relève n’a pas encore sonné.
Guillaume Tabard
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