10% des Français pensent que la violence peut être légitime pour faire avancer des causes, selon Jérôme Fourquet

ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

La mort tragique de Quentin Deranque, étudiant de 23 ans, à Lyon en marge d’une conférence de l’eurodéputée LFI Rima Hassan, a ravivé le débat sur la violence politique en France et les responsabilités des différents partis. LFI, désormais « dans l’œil du cyclone médiatique et judiciaire », cristallise les tensions tandis que les municipales approchent. Invité de la matinale, Jérôme Fourquet, analyste politique, expert en géographie électorale, directeur du département Opinion à l’IFOP, décrypte un climat politique sous haute tension, entre stratégies électorales et dérives violentes.

Pour mieux comprendre la situation actuelle, il est intéressant de se pencher sur les dernières expériences électorales, à commencer par les législatives de 2024 par exemple. « On peut se baser sur ce qui s’est déjà passé lors de précédents scrutins pour essayer de nous éclairer », explique Jérôme Fourquet. À l’IFOP, les taux de victoire des candidats opposés au RN ont révélé des dynamiques contrastées : « Pour les candidats du Nouveau Front Populaire, quand ils étaient socialistes, ils ont gagné dans deux tiers des duels face au RN, mais quand ils étaient insoumis, ils n’ont gagné que dans la moitié des cas. » Cette différence s’explique, selon l’invité, par la capacité de l’électorat macroniste à soutenir un socialiste contre le RN, alors que l’adhésion est bien moindre pour un candidat insoumis. « Il y avait déjà une décote qui s’était opérée », souligne-t-il, mettant en lumière les limites structurelles du front républicain.

Pour Jean-Luc Mélenchon, la présidentielle reste l’objectif ultime. « La présentation de candidats LFI dans beaucoup de villes, ce n’est pas pour gagner les mairies, mais pour mettre la pression sur les socialistes et se compter », déclare Jérôme Fourquet. L’ambition du leader insoumis : arriver en tête de la gauche, certain qu’en cas de crise, « la gauche n’a jamais perdu sa boussole ». Mais ce pari comporte des risques : « Pour gagner au second tour, il faudrait aussi que tout l’électorat du bloc central participe à ce front républicain. Or, c’est beaucoup moins sûr aujourd’hui qu’hier », prévient-il, rappelant l’exemple de Lyon où la mécanique du front républicain semble s’essouffler.

De l’Ordre Nouveau à l’affaire Quentin Deranque, la mutation de la violence politique

La France a une longue histoire de violence politique. « Ce n’est pas pour minimiser ce qui se passe, mais dans les années 60-70, on avait des épisodes d’une extrême violence, avec des effectifs engagés bien supérieurs à aujourd’hui », rappelle l’invité, citant le meeting d’Ordre Nouveau à la Mutualité, marqué par des affrontements violents.

La différence majeure réside dans la composition des mouvements : « Les organisations étaient plus structurées, avec des services d’ordre. Aujourd’hui, la violence est plus diffuse, plus anarchique. » Les réseaux sociaux exacerbent ce phénomène : « On voit une parole complètement débridée, des menaces, des adresses d’élus ou de journalistes livrées en pâture. » Selon lui, « 10% de la population adulte, soit 5 millions de personnes, estime parfois la violence légitime pour faire avancer certaines causes ».

Le RN à la conquête des municipales, la droite en survie

Pour le Rassemblement national, l’enjeu des municipales est double : conquérir de nouvelles villes et poursuivre la stratégie de dédiabolisation. « Gérer seulement une dizaine de villes, c’est maigre pour un parti deux fois finaliste à la présidentielle. » L’objectif est d’étendre son maillage, notamment dans les villes moyennes, et de ne plus être perçu comme un parti anti-républicain.

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La droite traditionnelle, elle, joue sa survie : « Est-ce qu’elle parviendra à garder quelques villes ou va-t-elle être condamnée à se vendre à la découpe, soit en rejoignant le bloc central, soit en s’alliant au RN comme Éric Ciotti ? »

Daphnée Cataldo

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