Uber : la fin de l’âge d’or des VTC ?

©Tati Tata/Flickr

C’est un rapport commandé par les taxis qui le dit, mais je pense que les conclusions sont sans appel. Entre la création d’Uber en 2010 et 2020, on a vécu dans une bulle mondiale des VTC. Dans toutes les grandes villes du monde, les voitures noires plus ou moins chic sont venues concurrencer les taxis. A Paris, on est passé de zéro concurrence pour G7 et les Taxis Bleus à plus de 22.000 VTC, c’est-à-dire plus que les 18.500 taxis. On a doublé l’offre. Mais le vent est en train de tourner.

Un chauffeur de VTC gagnerait à peine plus de 600 euros

Si cette bulle des VTC explose, c’est qu’il y a des raisons conjoncturelles et structurelles. Le conjoncturel bien sûr c’est la crise sanitaire et économique. Pendant le pic du premier confinement, la demande s’est effondrée de 90% en France. Aujourd’hui on serait encore à – 40, -50%. On est très loin de la normale, et comme c’était déjà dur pour les VTC quand la demande était là, quand la demande n’est plus là, c’est pratiquement impossible de rembourser la 405 ou la Skoda et de se payer un salaire décent… Un chauffeur de VTC gagnerait à peine plus de 600 euros. Forcément, la crise va démotiver une partie de ceux qui étaient déjà VTC et va ralentir l’arrivée sur le marché de nouveaux chauffeurs. Surtout qu’il y a en plus une nouvelle donne structurelle.

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A Londres, les chauffeurs ont été reconnus comme des salariés d’Uber avec des congés payés.

Quand Uber est parti à l’assaut du marché comme un cow-boy, il était dans un vide juridique. Depuis le cadre s’est durci. Il y a plus de contraintes légales, fiscales, sociales, réglementaires sur les VTC partout dans le monde. Ca crée des barrières à l’entrée et ça pèse sur la flexibilité et la rentabilité du système. A Londres, les chauffeurs ont été reconnus comme des salariés d’Uber avec des congés payés. Ensuite, la crise a accéléré le déploiement des pistes cyclables. C’est une concurrence nouvelle et durable pour les VTC. Et le confinement a dopé le business de l’activité des livraisons. C’est même le nouveau pôle de croissance pour Uber. Pour ceux qui cherchent un petit boulot, c’est moins compliqué de bosser pour Uber Eats en louant un Vélib que de devenir VTC en achetant une berline. En fait Uber ne s’est pas fait Ubériser. Le marché qu’il a créé va rester mais il devrait stagner. On a atteint une forme de plateau qui pourrait durer et on est passé de la bulle et la nouvelle normalité.

David Barroux

 

 

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